Opportunity: Pourquoi faut-il encore croire au réveil du rover de la Nasa sur Mars?

ESPACE Sur Mars depuis 2004, le rover de la Nasa devait durer 90 jours. Il a finalement arpenté la planète rouge pendant 15 ans...

Fabrice Pouliquen
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L'astromobile Opportunity (image générée par ordinateur)
L'astromobile Opportunity (image générée par ordinateur) — NASA / AFP
  • On est toujours sans nouvelle d’Opportunity le rover de la Nasa qui a basculé en « mode panne » le 10 juin dernier en pleine tempête de poussière. On le voit, mais il ne répond à aucun message envoyé depuis la Terre.
  • L’agence spatiale américaine avait donné un sursis de 45 jours à son rover pour qu’il se réveille, un délai qui s’achève ces jours-ci. Mais novembre apporte de nouveaux espoirs et la Nasa ne devrait pas tout de suite lâcher l’affaire.
  • Quoi qu’il en soit, il est difficile d’en vouloir à Opportunity. Le rover était prévu pour travailler 90 jours. Voilà quinze ans qu’il arpente la planète rouge, allant de découvertes en découvertes.

Es-tu là Opportunity ? La question taraude la Nasa depuis le 10 juin dernier, date à laquelle le rover qui arpente Mars depuis près de quinze ans, a cessé de donner des nouvelles.

L’agence américaine savait qu’elle allait perdre le contact avec son rover [sonde capable de se déplacer sur un astre]. La faute à une gigantesque tempête de poussière à laquelle l’astromobile, moins rapide encore qu’une tortue, n’avait aucune chance d’échapper.

On l’a vu à défaut de l’entendre…

L’intempérie s’est depuis estompée. L’atmosphère se dégage peu à peu et les rayons du soleil filtrent suffisamment désormais pour qu’ils puissent atteindre les panneaux solaires d’Opportunity et ainsi relancer la machine. Le 20 septembre, la Nasa a même pu apercevoir et photographier Opportunity depuis l’espace grâce à sa sonde Mars Reconnaissance Orbiter (MRO) qui gravite autour de la planète rouge depuis 2016.

Le robot Opportunity (au centre du carré blanc), le 20 septembre 2018.
Le robot Opportunity (au centre du carré blanc), le 20 septembre 2018. - HO / NASA/JPL-Caltech/Univ. of Arizona / AFP

Mais c’est tout à ce jour. Les messages hebdomadaires qu’envoie régulièrement l’agence spatiale américaine depuis le 10 juin restent sans réponse et le délai de 45 jours qu’elle avait donné fin août à son rover pour qu’il se réveille s’épuise petit à petit. Si on prend la Nasa au pied de la lettre, ce sursis prend fin ces jours-ci.

La Nasa ne lâche pas encore l’affaire

« Cela ne veut pas dire qu’Opportunity est considéré comme définitivement perdu, rassure l’astrophysicien Francis Rocard, responsable du programme d’exploration du système solaire au Centre national d’études spatiales (CNES). Mais cette écoute active est chronophage pour les ingénieurs du Jet propulson laboratory (JPL) [une co-entreprise de la Nasa en charge des missions d’exploration sur Mars]. Ils passeront désormais à un mode d’écoute moins intensif, mais cette nouvelle phase peut durer longtemps. La Nasa ne lâchera pas l’affaire avant la fin de l’année au moins. »

Il serait dommage en effet de jeter l’éponge aussi vite. Si Opportunity ne répond plus aujourd’hui, cela ne veut pas dire qu’il est cassé, mais seulement que ses batteries sont à plat. « En empêchant les rayons du soleil de passer, cette gigantesque tempête de poussière a privé le rover d’énergie, précise Francis Rocard. Une fois ses batteries descendues en dessous d’un niveau critique, Opportunity a basculé de lui-même en mode survie. »

Dans l’espoir d’une tornade…

Autrement dit, il a fait le dos rond. Or l’engin, qui pèse 185 kg et fait la taille d’une voiturette de golf montée sur six roues, est du genre solide. On peut espérer qu’il ait essuyé la tempête sans être trop malmené. Opportunity peut notamment supporter des températures jusqu’à moins 55°C sans que cela ne nuise à ses composants électroniques. Sur Mars, ce seuil est régulièrement dépassé. « La nuit, lorsque le ciel est dégagé, les températures peuvent tomber à moins 80°C voire moins 90°C, reprend l’astrophysicien français. En revanche, la chute des températures est moindre lors d’une tempête de poussière. Le soleil chauffe ces particules en suspension qui réchauffent à leur tour l’atmosphère. » La température n’a pas dû descendre en dessous des 36°C, estime la Nasa, ce qui est tout à fait supportable pour Opportunity.

C’est une première raison d’être optimiste. Francis Rocard en ajoute une deuxième : « En cette fin de tempête, Opportunity a sans doute aujourd’hui ses panneaux photovoltaïques recouverts de poussières, reprend-il. On pensait au départ que, par un effet électrostatique, ces poussières collaient aux panneaux. Ce n’est pas le cas. Il suffirait d’une bonne tornade sur Opportunity pour les nettoyer complètement et permettre au rover de disposer à nouveau du plein d’énergie. » Le scénario n’est pas improbable d’autant qu’une saison de grands vents est annoncée sur la planète rouge en novembre, annonçait la Nasa jeudi dernier.

Un étonnant marathonien

Par le passé, Opportunity a déjà essuyé une quantité de ces tornades salutaires. C’est même ce qui expliquerait en partie aujourd’hui son extraordinaire durée de vie. Le rover a atterri sur Mars le 25 janvier 2004 au milieu du Meridiani Planum, une large plaine située sur l’équateur de Mars. La Nasa l’avait conçu pour qu’il fonctionne au moins 90 jours, le temps d’analyser les roches alentour et de rechercher les indices de l’activité passée de l’eau sur celles-ci. Opportunity a fait mouche : il a confirmé la présence sur Mars d’ hématite, une espèce minérale qui se forme habituellement par l’action érosive de l’eau, ce qui suppose la présence d’eau à une époque sur la planète.

Image du chemin parcouru par le robot Opportunity à la surface de Mars
Image du chemin parcouru par le robot Opportunity à la surface de Mars - Nasa

Une fois cela acquis et puisqu’il était toujours en état de rouler, le Jet Propulsion Laboratory lui a fait mettre le cap au Sud vers d’autres trésors martiens. On doit ainsi au rover la première découverte extra-terrestre d’une météorite en janvier 2005, l’observation de plusieurs cratères dont Victoria, dont il enverra des photos jugées les plus spectaculaires jamais envoyées depuis Mars.

Et que dire du rocher « Espérance », la plus importante découverte d’Opportunity à ce jour ? Vieux de 3,8 milliards d’années, il s’agit déjà du plus ancien dépôt d’argile jamais analysé sur Mars. Mais c’est surtout sa composition qui a attiré l’attention : aluminium et silice en grande quantité, ainsi que de faibles taux de calcium et de fer, typique des argiles formées dans des environnements d’eau douce, potentiellement potable, rapportait à l’époque le magazine spécialisé Ciel et Espace.

C’est, à ce jour, l’environnement le plus favorable au développement de la vie jamais découvert sur le sol martien. Jusque-là, les traces d’eau trouvées sur la planète rouge étaient probablement très acides et incapables de supporter une forme de vie.

#SaveOppy

De quoi alors inciter les scientifiques à poursuivre davantage la recherche de preuves d’une vie passée. C’est ce à quoi s’attelait l’infatigable Opportunity qui faisait cap sur de nouveaux sites argileux avant d’être stoppé par cette tempête de poussière. A ce jour, l’astromobile a parcouru 45,09 km sur la planète rouge en quinze ans. Une performance qui doit faire sourire le Kényan Eliud Kipchoge, lui qui n’est plus très loin de boucler un marathon [42, 195 km] en moins de deux heures. Mais sur Mars, la prouesse reste notable et loin d’être égalée. Le rover Spirit, qui a touché Mars trois semaines avant Opportunity, s’est enlisé dans une dune de sable fin 2009 après avoir parcouru 7,7 km.

Quant à Curiosity, le rover star de la Nasa, sur Mars depuis le 6 août 2012, « il n’a parcouru que 18 km à ce jour et n’avance guère ces derniers temps », indique Francis Rocard. Rageant car il n’est plus très loin de son objectif final : le mont Sharp et ses riches strates d’argile. « Le perdre maintenant porterait un sérieux coup au moral de la Nasa, poursuit l’astrophysicien du Cnes. C’est moins le cas pour Opportunity qui a déjà très largement dépassé son espérance de vie. » Sur les réseaux sociaux, via les hashtags #SaveOppy et #WakeOppy, des internautes prient toutefois la Nasa à ne pas lâcher l’affaire.