Non, du chanvre ne pousse pas (encore?) dans la Station spatiale internationale

FAKE OFF Plusieurs sites spécialisés sur le cannabis affirment que le chanvre est étudié (ou sur le point de l’être) au sein de la Station spatiale internationale…

Alexis Orsini

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Du chanvre.
Du chanvre. — DR
  • A en croire différents sites consacrés à l'actualité du cannabis, on trouve (ou trouverait bientôt) du chanvre dans la Station spatiale internationale (ISS).
  • Ils font référence au projet annoncé par la start-up américaine Space Tango, qui prévoit d'étudier l'impact de la microgravité sur cette plante.
  • Cette initiative n'en est toutefois qu'à ses balbutiements et en pleine recherche de financement : rien ne garantit donc, à ce stade, qu'elle se concrétise... et probablement pas de sitôt. 

Mise à jour du 15 octobre 2018 : l'article a été mis à jour pour intégrer une réponse de Space Tango, reçue après la parution initiale.

« La station orbitale ISS recrute une nouvelle plante : le chanvre, qui sera utilisé pour des recherches en exomédecine », « Cette start-up fait pousser du cannabis à bord de la Station spatiale Internationale [ISS] »… Ces derniers jours, différents sites spécialisés sur le cannabis se sont fait le relais de cette info pour le moins surprenante

Blog-Cannabis affirme notamment : « Les scientifiques de Space Tango, spécialisée dans la recherche et la fabrication d’environnements en microgravité, testeront la réaction de la plante de chanvre dans cet environnement inédit. Afin de voir comment elle réagit dans des conditions de faible pesanteur. »

Si la start-up américaine Space Tango a bien annoncé son intention d’étudier, au sein de l’ISS, cette plante « cousine » du cannabis (au faible taux de THC, la molécule à l’origine des effets psychoactifs du stupéfiant), ce projet n’est en aucun cas, déployé à bord à l’heure actuelle… Et rien ne garantit qu’il se concrétise prochainement.

FAKE OFF

Les deux sites spécialisés reprennent en fait une analyse publiée quelques jours après l’annonce de Space Tango. Le 7 octobre, David Carpenter, un entrepreneur spécialisé dans le cannabis, détaille les possibles conséquences de cette expérience dans un article – en employant toutefois les pincettes de rigueur.

Dans son communiqué du 4 octobre, Space Tango évoque en effet uniquement le lancement de cette initiative, sans évoquer sa concrétisation : « [Nous annonçons] aujourd’hui la création d’une filiale dédiée à la recherche et au développement autour […] des propriétés du chanvre. Le principal objectif de cette entreprise distincte est l’éventuelle amélioration et la bio-ingénierie de cette plante nouvelle et polyvalente en vue d’utilisations biomédicales sur Terre. » La start-up précise au passage le nom de ses deux partenaires : Atalo Holdings, qui vend des graines de chanvre, et Anavii Market, une entreprise commercialisant des produits thérapeutiques dérivés de la plante.

Et Space Tango de citer les explications de Joe Chappell, l’un de ses conseillers scientifiques, qui a travaillé sur la microgravité au sein de l’ISS : « Quand on envoie des plantes dans la Station spatiale internationale, on élimine une force centrale et constante à laquelle les plantes sont bien adaptées : la gravité. […] Comprendre comment les plantes réagissent dans un environnement où disparaît l’impact traditionnel de la gravité pourrait […] permettre aux chercheurs de tirer profit de tels changements pour découvrir de nouvelles […] applications biomédicales. »

Un lancement prévu en février 2019

Or, si les outils scientifiques proposés par Space Tango sont déjà utilisés au sein de l’ISS – sous la forme de CubeLabs, des environnements de taille réduite permettant de tester l’effet de la microgravité sur des plantes –, la start-up ne prétend nullement, dans son annonce (comme dans tous les tweets publiés depuis) avoir déjà envoyé du chanvre à bord.

L’initiative paraît d’autant moins près de se concrétiser que le lancement de cette start-up, filiale donc de Space Tango, et pour l’heure sans nom, n’est pas prévu avant février 2019… Et uniquement à condition de lever les fonds nécessaires. On ignore en outre le montant visé par Space Tango, son co-créateur, Kris Kimel, ayant refusé de l’indiquer à Space News - contactée par 20 Minutes, la Station spatiale internationale n'a pas donné suite à nos sollicitations. Mais un porte-parole de Space Tango nous indique : « L’approbation des lancements liés à la Station spatiale internationale est gérée par la Nasa. Le projet passe en ce moment par le processus d’approbation normal. »

« Miser sur le chanvre, c’est à mon sens un effet de publicité : on n’en parlerait sans doute pas s’il s’agissait d’une autre plante… Et l’intérêt soulevé par l’annonce peut susciter des levées de fonds » analyse Perrine Delville, avocate spécialisée en droit spatial. « La station spatiale internationale est une communauté multiculturelle, avec des sensibilités très variées, qui doit cohabiter. Elle ne peut pas forcément prendre à bord des sujets de crispation potentiels » poursuit-elle.

L’initiative ne poserait toutefois aucun problème d’un point de vue légal. Space Tango ne manque pas de rappeler que les recherches scientifiques autour du chanvre sont autorisées depuis peu aux Etats-Unis. Une législation applicable dans certaines parties de l’ISS, comme le confirme Perrine Delville : « Chaque Etat immatricule son module à bord de la station spatiale internationale : dans un module américain, c’est donc la loi américaine qui s’applique. »

Comme on peut le voir dans la vidéo ci-dessus, Space Tango met déjà à contribution ses deux micro-laboratoires installés sur l’ISS, où sont envoyées les plantes (comme la pervenche de Madagascar) étudiées par ses clients – des universités et des entreprises – environ six fois par an. Sans qu’on y trouve pour l’instant des traces de chanvre.

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