Strasbourg: Un insectarium pour combattre les maladies transmises par le moustique

RECHERCHE Inauguré ce lundi sur le campus de l’université de Strasbourg, le tout nouvel insectarium héberge déjà des milliers de moustiques pour aider à lutter contre le virus Zika ou le parasite du paludisme…

Bruno Poussard
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Le chercheur Eric Marois au sein du  le nouvel insectarium de l'université de Strasbourg. Lancer le diaporama
Le chercheur Eric Marois au sein du le nouvel insectarium de l'université de Strasbourg. — B. Poussard / 20 Minutes.
  • Le tout nouvel insectarium de l’université de Strasbourg héberge déjà des milliers de moustiques.
  • Dépendant de l’Institut de biologie moléculaire et cellulaire, il vise à étudier et comprendre les maladies transmises par le moustique.

Pour entrer dans le tout nouvel insectarium de l’université de Strasbourg (Unistra), il faut d’abord s’équiper. Blouse blanche, charlotte sur la tête et surchaussures. Puis franchir un gros sas d’entrée. Pas question de rigoler avec le confinement. C’est que l’extension de l’Institut de biologie moléculaire et cellulaire (IBMC) compte déjà des milliers de moustiques.

Inauguré ce lundi sur le campus universitaire de l’Esplanade à deux pas du centre de la capitale alsacienne, l’insectarium – également équipé de moustiquaires à chaque aération et d’un outil de décontamination – vise à étudier et comprendre les maladies transmises par l’insecte à l’homme. Et donc aider à combattre le  paludisme, la dengue, le chikungunya ou Zika.

Une cages à moustiques dans une moustiquaire elle-même dans un box fermé dans un laboratoire du le nouvel insectarium de l'université de Strasbourg.
Une cages à moustiques dans une moustiquaire elle-même dans un box fermé dans un laboratoire du le nouvel insectarium de l'université de Strasbourg. - B. Poussard / 20 Minutes.

Des salles d’élevage et d’expérimentation dans le laboratoire

Arrivée dans les nouveaux locaux début septembre, la douzaine de chercheurs a vite pris ses marques. Des larves sont déjà élevées sur les paillasses de la première salle. A côté de chambres climatiques où luminosité, température et humidité sont contrôlées pour conserver dans des cages les moustiques de deux espèces. Tandis que le laboratoire d’expérimentation voisin héberge les microscopes.

Dans une dernière salle à la sécurité plus encore stricte, certains des moustiques seront ensuite infectés, c’est la grande nouveauté. Les chercheurs chercheront notamment à analyser le développement des parasites et virus à l’intérieur de leurs corps. Pendant que leurs gênes continueront d’être étudiés sur des larves afin de trouver pourquoi les moustiques résistent, eux, à ces maladies humaines.

Des larves de moustiques étudiées au microscopes dans l'insectarium de l'université de Strasbourg.
Des larves de moustiques étudiées au microscopes dans l'insectarium de l'université de Strasbourg. - B. Poussard / 20 Minutes.

La lutte contre les maladies liées au moustique, un gros enjeu

« Les moustiques tuent autant en quatre minutes que le requin sur une année », insiste Jean-Luc Imler, le directeur de l’IBMC. Le nouvel insectarium répond à un enjeu de santé publique. Encore plus au sein d’un laboratoire spécialisé dans les premières réponses du système immunitaire aux infections (ce que l’on appelle l’immunité innée), et ce grâce aux insectes depuis plus de 20 ans.

Des larves de moustiques nourries dans le nouvel insectarium de l'université de Strasbourg.
Des larves de moustiques nourries dans le nouvel insectarium de l'université de Strasbourg. - B. Poussard / 20 Minutes.

Pour ses travaux sur la drosophile (dite mouche à vinaigre) qui ont aidé à comprendre des mécanismes de défense chez l’être humain, son créateur, Jules Hoffmann, a d’ailleurs obtenu le prix Nobel en 2011. L’ancien biologiste complète : « Tout le monde n’en meurt pas mais si vous comptez le nombre de personnes atteintes de maladies liées au moustique dans le monde, l’enjeu est là. »

Comprendre comment l’organisme des moustiques réagit

Directrice de l’Institut des sciences biologiques du CNRS, Catherine Jessus renchérit : « Avec la plateforme expérimentale de l’insectarium, les chercheurs pourront décrypter comment ces pathogènes attaquent les moustiques et comment ils se défendent. » Pour y arriver, les chercheurs pourront compter sur l’expertise immunitaire sur les insectes et les hommes à Strasbourg.

L'extérieur du nouvel insectarium de l'IBMC sur le campus de Strasbourg.
L'extérieur du nouvel insectarium de l'IBMC sur le campus de Strasbourg. - B. Poussard / 20 Minutes.

Aux côtés d’une animalerie pour les souris de laboratoire et de recherches poursuivies sur les mouches dans ce nouvel insectarium, l’IBMC compte ainsi amener sa marque de fabrique. « Peut-être qu’on aura un jour un Nobel à Strasbourg grâce aux moustiques », sourit Michel Deneken, président de l’Unistra. Pour éviter tout risque au sein du laboratoire, rien ne sera en tout cas laissé au hasard.