Mort subite du nourrisson: les bactéries soupçonnées

Yaroslav Pigenet

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Les premiers bracelets électroniques ont été posés cette semaine aux chevilles de bébés nés à la maternité de l'hôpital intercommunal de Montfermeil (Seine-Saint-Denis), première maternité en France à tester ce dispositif anti-enlèvement.
Les premiers bracelets électroniques ont été posés cette semaine aux chevilles de bébés nés à la maternité de l'hôpital intercommunal de Montfermeil (Seine-Saint-Denis), première maternité en France à tester ce dispositif anti-enlèvement. — Olivier Laban-Mattei AFP

Après les avoir longtemps soupçonnées, des chercheurs britanniques viennent de prouver l’implication de deux bactéries communes dans les morts subites inexpliquées du nourrisson. Leur découverte, publiée ce vendredi dans la revue médicale «Lancet», permettra de mieux comprendre et de prévenir ce cauchemar de parents.

Première cause de décès chez les bébés

Selon les médecins, le syndrome de mort subite du nourrisson (MSN) «est défini comme le décès soudain d'un jeune enfant, inattendu de part son histoire, demeurant inexpliqué malgré les examens réalisés après la mort.» C’est la première cause de décès chez les enfants de moins de un an.


546 autopsies

De 1996 à 2005, Martin Weber et ses collègues du Great Ormond Street Hospital for Children de Londres (Royaume-Uni) ont autopsié les corps de 546 nourrissons morts subitement. Ils les ont ainsi catégorisés en trois groupes selon les causes probables de décès: non infectieuse (insuffisance respiratoire...) , infectieuse (méningite ou autre), et inexplicables. Les chercheurs ont ensuite recherché la présence dans les tissus des nourrissons de bactéries peu pathogènes.

Bactéries surreprésentées

Ils ont ainsi constaté la présence de bactéries de type Staphylococcus Aureus ou Escherichia Coli dans 24% des cas de mort subite (MSN) attribués à une cause infectieuse; plus étonnant, 19% des cas de mort subite «inexplicables» étaient infectés par l’une des deux bactéries contre seulement 11% des MSN explicables par une cause non infectieuse.

Selon Weber et ses collaborateurs, cette «surreprésentation» de S. Aureus et E. Coli dans les cas de MSN inexplicables indique que ces bactéries jouent un rôle significatif dans ce syndrome. Mais les chercheurs ne savent pas exactement lequel.

La piste des toxines

Marian Malone, qui a participé à l’étude, suggère que ce sont les toxines produites par les bactéries qui, en s’accumulant dans les voies aériennes supérieures, provoqueraient la mort. Bien qu’elle reste encore à vérifier, cette hypothèse permettrait également d’expliquer pourquoi le couchage sur le ventre –qui augmente la concentration de pathogènes dans les voies supérieures- et le tabagisme maternel –qui diminue les défenses immunitaires du bébé- sont eux aussi des facteurs favorisant la MSN.