Un os d'enfant prouve que deux espèces humaines se sont bien accouplées il y a 50.000 ans

PASSE L'os mesure 1,5 cm et appartenait à une enfant de 13 ans, née d'un père dénisovien et d'une mère néandertalienne...

20 Minutes avec AFP

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Le fragment d'os de
Le fragment d'os de — Ian Cartwright / UNIVERSITY OF OXFORD/Max Planck Institute / AFP

En regardant la photo, difficile d’y voir une évidence. Pourtant, à partir d’un fragment d’os, des chercheurs ont réussi à prouver que deux espèces de la lignée humaine se sont accouplées, il y a 50.000 ans. De leur union est née une enfant, dont ce reste a traversé les siècles.

Cette histoire familiale est révélée par un os de 1,5 cm, si petit que les paléontologues ne pouvaient dire au premier abord s’il avait appartenu à un hominidé ou à un animal. Découvert en 2012 dans une grotte des montagnes de l’Altaï en Sibérie, près de la frontière actuelle entre la Russie et la Mongolie, « Denny » comme l’ont appelé les chercheurs, appartenait à un être de sexe féminin d’au moins 13 ans vivant il y a environ 50.000 ans. L’os viendrait de son fémur, de son tibia ou de son humérus.

« J’ai d’abord pensé à une erreur »

La grotte où elle est décédée, dite de Denisova, était déjà célèbre pour avoir livré les premiers restes fossiles de l’Homme de Denisova, des fragments d’une phalange d’auriculaire. En analysant « Denny », des généticiens sont parvenus à distinguer les chromosomes que la jeune femme a hérités de son père et de sa mère. Pas de doute pour eux, ils lui ont été légués par une Néandertalienne et un Dénisovien.

« J’ai d’abord pensé qu’il y avait eu une erreur en laboratoire », raconte Svante Pääbo, également chercheur à l’Institut Max-Planck d’anthropologie évolutionniste de Leipzig en Allemagne, dans la revue Nature.

Un premier descendant direct

« C’est la première fois qu’on trouve un descendant direct de ces deux groupes », explique Viviane Slon, de l’Institut Max-Planck. Les Dénisoviens et les Néandertaliens se sont séparés il y a 400.000-500.000 ans, devenant deux espèces distinctes du genre Homo ( les Homo sapiens en formant une autre).

L’homme de Néandertal a disparu de la surface de la Terre il y a environ 40.000 ans, pour une raison toujours inconnue. Les Dénisoviens se sont également éteints mais on ne sait pas exactement quand. Par contre, des analyses ADN ont prouvé que l’Homme de Denisova a laissé une partie de son génome à certains Homo sapiens : moins de 1 % chez les populations asiatiques et amérindiennes, et jusqu’à 5 % pour les aborigènes d’Australie ou les Papous de Nouvelle-Guinée.

De nombreux accouplements

De la même manière, tous les humains modernes à l’exception des Africains ont dans leur génome environ 2 % d’ADN légué par Néandertal, preuve des croisements qui ont pu se produire entre ces espèces dans un lointain passé. En quittant l’Afrique, les Néandertaliens se sont dispersés en Europe et dans l’ouest de l’Asie tandis que les Dénisoviens se sont dirigés vers l’Asie de l’Est.

« Néandertaliens et Dénisoviens n’ont peut-être pas eu beaucoup d’occasions de se rencontrer. Mais quand cela arrivait, ils ne semblaient pas avoir de préjugés les uns envers les autres », note Svante Pääbo qui est à l’origine de l’identification de l’Homme de Denisova. « Ils devaient s’accoupler fréquemment, beaucoup plus que ce que nous pensions auparavant, sinon, nous n’aurions pas été aussi chanceux », ajoute-t-il.

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