Comment le satellite européen Aeolus doit améliorer les prévisions météorologiques grâce à la mesure des vents

MÉTÉOROLOGIE Le lanceur Vega a lancé mercredi depuis Kourou un satellite européen destiné à la mesure des vents sur l'ensemble du globe, dans le cadre du programme d'observation de la terre Copernicus...

Propos recueillis par Thibaut Le Gal

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Image satellite de la Terre, illustration.
Image satellite de la Terre, illustration. — AP/SIPA
  • Un satellite européen a été lancé mercredi soir pour analyser en temps réel les différents profils de vents à l’échelle mondiale.
  • Les données permettront aux spécialistes de réaliser de meilleures prévisions météo.

C’est une première mondiale. Après 16 ans d’attente, le satellite européen ADM-Aerolus, construit par Airbus Defence and Space, a été lancé dans l’espace mercredi soir depuis le centre spatial de Kourou. L’engin, qui analysera en temps réel les différents profils de vents à l’échelle mondiale, permettra notamment aux scientifiques d’affiner les prévisions météorologiques. On en parle avec Jean-Francois Mahfouf, responsable de l’équipe observation au Centre National de Recherches Météorologiques.

Pourquoi le satellite est-il une première mondiale ?

C’est une première dans la mesure où ce satellite va mesurer des profils de vent sur l’ensemble de l’atmosphère. Nous allons obtenir une information en profondeur de la structure des vents sur tout le globe, ce que les systèmes d’observations de l’atmosphère ne permettent pas actuellement.

Comment les vents sont-ils observés aujourd’hui ?

Nous disposons essentiellement de données de radio-sondages [mesures verticales de plusieurs paramètres comme la température, la pression, l’humidité réalisées par des ballons-sondes]. Mais ces mesures ne sont pas réparties de manière uniforme sur le globe. Elles se font essentiellement sur les continents et dans l’hémisphère nord sur 600 points, deux fois par jour. Ces données sont complétées par des stations automatiques en surface et des satellites, qui analysent la rugosité de la mer ou le déplacement des nuages.

Toutes ces mesures nous permettent d’en déduire des conséquences sur les vents, mais ce ne sont que des mesures indirectes. Le satellite nous permettra désormais d’avoir une estimation directe de la mesure du vent depuis l’espace.

Comment ça fonctionne ?

Le satellite va mesurer des vents depuis la surface de la Terre jusqu’à des altitudes à une vingtaine ou une trentaine de kilomètres. Le satellite possède un lidar Doppler : le laser va émettre une impulsion dans l’atmosphère, qui va heurter une particule dans l’air [molécules ou aérosols]. La lumière réfléchie sera ensuite analysée et convertie en un vent. Pour la première fois, ce satellite va nous offrir une vision tridimensionnelle complète des vents.

Quelles conséquences ?

Dans un premier temps, ça va permettre une meilleure connaissance de l’atmosphère. Mais toutes ces observations météorologiques vont être aussi utilisées pour effectuer des prévisions du temps. Plus les connaissances de l’état de l’atmosphère sont précises à un temps donné, plus les prévisions météo seront précises.

Sur l’ensemble du globe, environ 90 % des informations nous parviennent des satellites, mais sur ces 90 % seulement 3 % fournissent une information sur le vent. Le vent était le parent pauvre des paramètres météo: il y avait un manque crucial d’observations des vents par rapport aux autres données [températures, pressions, quantité de vapeur d’eau dans l’atmosphère]. Certaines régions vont particulièrement en bénéficier : l’hémisphère sud, les régions tropicales ou polaires.

Combien de temps va durer la mission ?

Le satellite restera en orbite pendant trois ans, pour une question de carburant et d’énergie. Mais si la mission est un succès, l’agence européenne et les autres agences mondiales devraient renouveler l’expérience.