Un champignon pour sauver les 4x4?

Yaroslav Pigenet

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Produire des carburants sans affamer ni (trop) asphyxier la planète sera peut-être un jour possible; c’est en tous cas l’espoir que suscite l’équipe internationale de chercheurs qui vient d’identifier les différents enzymes utilisés par le champignon Trichoderma reesei pour transformer n’importe quel déchet végétal en éthanol. Cette avancée, présentée dans la revue «Nature Biotechnology», ouvre en effet de nouvelles perspectives pour la fabrication de biocarburants de deuxième génération, issus de déchets agricoles ou de bois.

Champignon végétarien

Le champignon filamenteux Trichoderma reesei a été découvert pendant la Seconde Guerre mondiale dans le Pacifique Sud: il était responsable de la dégradation des équipements de l’armée américaine. Grâce une batterie d’enzymes très performants pour fabriquer le sucre dont il se nourrit, il venait à bout de tous les textiles végétaux (coton, chanvre, lin, etc). Il est depuis considéré par les chercheurs comme un modèle de référence pour la transformation de la cellulose végétale en sucres simples, qui peuvent ensuite être facilement transformés, par fermentation, en biocarburant de type éthanol.

Des enzymes pour digérer les plantes

Afin de percer les mystères de l'activité enzymatique du Trichoderma, son génome a donc été séquencé par une équipe américaine puis analysé par Bernard Henrissat et son équipe du laboratoire Architecture et Fonction des Macromolécules Biologiques du CNRS. Leurs résultats viennent d’être publiés dans la revue «Nature Biotechnology». Contre toute attente, ces travaux révèlent que, comparé à d’autres champignons capables de dégrader la paroi des plantes, le Trichoderma n’utilise qu’un nombre d’enzymes très réduit. Il semble notamment être privé des enzymes qui permettent de digérer certains composants des parois végétales.

Optimisation de génome

D’abord interprétés comme une mauvaise nouvelle, les limitations de cet organisme modèle sont finalement une aubaine pour les chercheurs et les industriels qui veulent l’utiliser pour produire du bioéthanol. «Nous savons désormais que ce cocktail enzymatique utilisé par le Trichoderma peut facilement être amélioré», explique Pedro Coutinho, qui a participé aux travaux. «Nous allons donc chercher quelles enzymes peuvent être ajoutés au génome de ce champignon pour qu’il transforme encore plus efficacement les végétaux en sucres simples.»

Un biocarburant vraiment bio?

Le chercheur prédit qu’à l’aide de tels champignons génétiquement modifiés «le coût de production d’un litre de bioéthanol se rapprochera de celui d’un litre d'essence classique». Et l’intérêt n’est pas que financier...

Contrairement aux agrocarburants de première génération, qui sont élaborés à partir de céréales ou de betteraves et qui concurrencent les sources d’alimentation humaine, le biocarburant produit grâce au Trichoderma pourrait être élaboré à partir de déchets agricoles et sylvicoles. Il interfèrerait donc beaucoup moins avec la filière agro-alimentaire et, ne nécessitant pas de cultures intensives, présenterait un meilleur bilan CO2.