Du fantasme à la réalité, à quoi va ressembler la sexualité dans l'espace?

EN APESANTEUR Lors de la première mission habitée vers Mars, c'est toute la vie quotidienne qui s'organisera dans un vaisseau de quelques mètres carrés...

Lucie Bras

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Un exercice israélien de vie sur Mars dans l'un des déserts du pays similaires à la Planète rouge, le 18 février 2018.
Un exercice israélien de vie sur Mars dans l'un des déserts du pays similaires à la Planète rouge, le 18 février 2018. — MENAHEM KAHANA / AFP
  • Les missions spatiales habitées vers Mars devraient avoir lieu dans les années 2030 et le vol aller-retour devrait durer plus d’un an. Dans ces conditions, le sexe dans l’espace devient une probabilité.
  • Ce sujet est pour le moment mis de côté par les agences spatiales, mais de nombreux amateurs et spécialistes se sont intéressés au problème.

Donald Trump l'a encore rappelé cette semaine, le voyage vers Mars, c’est pour demain, ou presque. Les scientifiques estiment que la première navette partira en 2030 sans se poser au sol, car la manœuvre est trop délicate. Les astronautes devraient donc poser le pied sur Mars autour de 2040.

Quelle que soit la forme du voyage, l’équipage mettra entre six et huit mois pour faire le voyage, et passera un mois sur place. Une mission longue, qui requiert beaucoup d’organisation, puisque c’est toute la vie quotidienne qui doit s’organiser dans un vaisseau de quelques mètres carrés :  la nourriture, l’hygiène, le travail et… le sexe.

Le sexe dans l’espace ? Ce serait une première, affirme Olivier Sanguy. « Il y a eu des missions spatiales longues, mais je pense que l’on peut dire qu’aucune relation sexuelle n’a jamais eu lieu dans l’espace », assure-t-il. « C’est un petit milieu », justifie-t-il. « Si c’était arrivé, ça se saurait. Au moins une personne n’aurait pas pu s’empêcher de le dire. »

La « pompe manuelle de sécurité », très populaire dans l’espace

Jusqu’à ce jour, la sexualité en mission s’est plutôt pratiquée en solitaire. Romain Charles en a fait l’expérience lors de la mission Mars-500. En Russie, il a vécu confiné avec 5 autres volontaires pendant 500 jours dans un espace de 180 mètres carrés. Pour gérer la sexualité dans ces conditions, il dit avoir utilisé « la PMS, la Pompe manuelle de sécurité. » Une manière imagée de parler de masturbation. La formule est très répandue chez les astronautes, confirme Jean-François Clervoy de l’Esa et président de Novespace.

Le sexe dans l’espace à deux (ou plus) reste un territoire inexploré, sans précédent. Si dans votre imagination, vous vous imaginez léger comme l’air, en apesanteur avec votre partenaire, avec des possibilités infinies, la suite devrait vous ramener à la réalité. Si les ébats en apesanteur sont un fantasme récurrent, le sexe dans l’espace fait partie des sujets les moins étudiés par les agences spatiales.

« Il n’y a pas d’étude financée à ce jour sur le sujet », confirme Jean-François Clervoy. Les agences spatiales seraient-elles trop prudes ? L’explication est ailleurs, pour le docteur Thu Jennifer Ngo-Anh, chargée de l’étude des risques pour la santé humaine dans l’espace à l’Esa. Elle estime qu’il y a des problèmes plus importants à régler. « L’espace n’est pas vraiment un environnement fait pour les êtres humains. Il y a beaucoup de risques. »

Astronautes et sénateurs, même combat

Pour les médecins, qui doivent anticiper ces risques, l’urgence est ailleurs : les dangers des radiations, de l’approvisionnement en eau potable ou des problèmes musculaires des astronautes.

Autre explication possible, c’est le financement des agences par l’argent public. « La Nasa est financée par l’argent des contribuables. Comme les sénateurs et les présidents, les astronautes sont des représentants de l’Etat très exposés. Un rapport sexuel ou une entorse à la morale ne serait pas facilement pardonnée. Cela ferait les gros titres. Il y aurait des coupures dans le budget. » Et surtout, conséquence directe pour les astronautes : « Les personnes impliquées ne repartiraient plus jamais dans l’espace », écrit Mary Roach, dans son livre Packing for Mars.

Sans l’aide des agences spatiales, des scientifiques, journalistes et amateurs se sont penchés sur le sujet. Ce qui nous permet de dessiner les contours d’un rapport sexuel dans l’espace. Du point de vue masculin, l’érection fonctionne plutôt bien dans l’espace. « Sur le plan pratique aucun problème. Ça n’empêche pas la fonction érectile matinale », confirme Jean-François Clervoy. Mary Roach est allée jusqu’à décrire dans son livre le comportement du sperme en apesanteur, grâce à un rapport sur les propriétés des liquides en 0-G (pour « zéro gravité »). « Un flux de lait forme rapidement une sphère parfaite », écrit-elle de manière (trop ?) imagée.

Une grossesse dans l’espace, un risque énorme

« Ce n’est pas le sexe qui est important, mais ses conséquences », nuance Olivier Sanguy. « Une grossesse par exemple, pose un problème éthique. Imaginez si on doit réaliser une IVG dans l’espace. C’est un risque médical énorme. » C’est pourquoi « on remarque une tendance à un vieillissement des astronautes dans les missions de l’ISS. Le sexe est moins présent, ils ont une vie de couple plus stable », avance-t-il. L’étude du risque de grossesse n’est donc pas à l’ordre du jour pour les équipes médicales de l’Esa. Le sera-t-il un jour ?

Oui, répond Jean-François Clervoy. « On est conscient que quand on sera à 5-6 ans d’un voyage, il faudra faire des études là-dessus. Et sans doute embarquer des sextoys, des films porno et des préservatifs. Cette question sera forcément l’objet d’étude pour savoir quel est le problème et quelles sont les solutions », conclut l’astronaute.

Pionnière en la matière, l'industrie pornographique. En 2015, le site PornHub a cherché à réunir 3,4 millions de dollars pour tourner le premier porno de l’espace, sans succès. Jean-François Clervoy admet avoir été approché par des sociétés de production pour tourner un film X  lors des vols en «O-G» de son entreprise Novespace. Une demande qu’il a toujours refusée… jusqu’au jour où elle permettra peut-être de faire avancer la recherche sur la sexualité en apesanteur ?

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