Quand manger moins permet aux lémuriens de vivre plus longtemps

VIEILLISSSEMENT Une équipe française de scientifiques a soumis un groupe de microcèbes, une espèce de lémuriens, à la diete en les nourrissant avec 30 % de calories en moins que la normale. Résultat : ils vivent plus longtemps et vieillissent moins vite...

Fabrice Pouliquen

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Le microcèbe, petit primate d la famille des lémuriens, a une durée de vie d'une douzaine d'années.
Le microcèbe, petit primate d la famille des lémuriens, a une durée de vie d'une douzaine d'années. — /Photo Bikeadventure - WikiCommons
  • Des chercheurs du CNRS et du Muséum d'histoire naturelle ont observé qu'en nourrissant les lémuriens avec 30% de calories en moins, les microcèbes vivaient plus longtemps.
  • Dans leur étude publiée ce jeudi, les experts assurent que les lémuriens sous restrictions caloriques étaient également moins touchés par des pathologies associées au vieillissement (cancer, diabète, cataracte ou encore blanchiment de la fourrure).
  • Faire un parallèle avec l’homme est tentant, le lémurien partageant avec nous de nombreuses similitudes physiologiques.

Manger moins pour vivre plus longtemps et retarder le processus du vieillissement… Chez le microcèbe, un tout petit primate de la famille des lémuriens et dont la durée de vie est d’une douzaine d’années, la technique marche. C’est du moins ce qu’ont observé des chercheurs du CNRS (Centre nationale de la recherche scientifique) et du Museum national d’Histoire naturelle, en partenariat avec d’autres équipes françaises dans une étude publiée ce jeudi dans la revue  Communications Biology.

L’expérience a duré dix ans au laboratoire « Mécanismes adaptatifs et évolutifs » à Brunoy (Essonne). Elle a consisté à mettre au régime sec un groupe de 19 microcèbes à partir de l’âge adulte et jusqu’à la fin de leur vie. « Ils ont été soumis à une restriction calorique chronique qui consistait à manger une ration réduite mais équilibrée, précise Fabienne Aujard, biologiste, directrice de recherche du laboratoire. Ils ont reçu 30 % de calories en moins que leurs congénères sous ration alimentaire normale. »

Un tiers du groupe encore en vie après l’extinction du groupe contrôle

Un régime que n’adoptent jamais les microcèbes en milieu naturel mais qui n’a pas pour autant eu un impact sur la santé de ses primates. « Une restriction calorique chronique de 30 % reste de l’ordre de l’acceptable pour ces animaux, explique Fabienne Aujard. Les animaux ne souffrent pas, ni ne baissent leurs activités dans la journée. Leur métabolisme s’adapte. »

Au contraire même. Sur le long terme, cette diète est positive. Au bout des dix années d’expérience, le groupe de microcèbes soumis à une restriction calorique présente une durée de vie augmentée de près de 50 % par rapport au groupe de contrôle. Plus précisément, la survie de médiane était de 6,4 ans pour les lémuriens contrôles (50 % du groupe a vécu moins de 6,4 ans) contre 9,6 ans pour les lémuriens nourris avec 30 % de calories en moins, « ce qui est un âge très important pour cette espèce », précise Fabienne Aujard.

Surtout, les scientifiques ont observé que la longétivité maximale était augmentée pour les lémuriens sous restriction calorique. « Plus d’un tiers des animaux du groupe sont encore vivants lors de la mort du dernier animal contrôle survenue il y a un an environ », détaille Fabienne Aujard.

En bonne santé plus longtemps

Mais la restriction calorique ne fait pas seulement que retarder l’heure fatidique de la mort. L’expérience tend aussi à montrer que le régime, maintient en bonne santé plus longtemps. Ainsi les lémuriens sous restrictions caloriques présentent les caractéristiques morphologiques d’un animal plus jeune. Ils étaient moins touchés par des pathologies ou des transformations physiques habituellement associées au vieillissement : comme le cancer, le diabète, la cataracte ou encore le blanchiment de la fourrure.

Ce n’est pas la première fois que des scientifiques montrent les effets bénéfiques d’une restriction calorique chronique sur la longévité. Des expériences similaires avaient été conduites sur des espèces à vie courte. Le ver, la mouche ou la souris par exemple. « Mais notre étude est la première à montrer le lien chez un primate et surtout avec des données finales, précise Fabienne Aujard. Notre expérience est allée jusqu’au bout, c’est-à-dire jusqu’au décès de tout le groupe contrôle. »

Mieux comprendre les effets du vieillissement

Faire un parallèle avec l’homme est tentant, le microcèbe partageant avec nous de nombreuses similitudes physiologiques. Fabienne Aujard prend l’exemple du régime d’Okinawa, du nom de cet archipel japonais où l’on trouve la plus longue espérance de vie (86 ans pour les femmes et 78 ans pour les hommes) et le plus grand nombre de centenaires à l’échelle de la planète. Cette longévité est en partie associée au « hara hachi bu », une habitude alimentaire qui consiste à ne jamais manger jusqu’à rassasiement mais à 80 % de sa faim et de s’arrêter donc juste avant le sentiment de satiété. « C’est une façon de faire de la restriction calorique », poursuit Fabienne Aujard.

La biologiste ne dit pas pour autant qu’il faut appliquer systématiquement la restriction calorique à l’homme. « Il y a tellement de facteurs qu’on ne maîtrise pas encore et ce n’est pas le but, explique-t-elle. En revanche, il nous faut désormais comprendre ce qui se passe physiologiquement en situation de restriction calorique chronique et voir en quoi cela permet de retarder le vieillissement et d’allonger la durée maximale de vie. » A ce jour, il n’y a que des hypothèses. L’une d’elle consiste à dire que la restriction calorique fait baisser le métabolisme de l’organisme si bien que ce dernier produit moins de radicaux libres, des éléments chimiques considérés aujourd’hui comme une des causes du vieillissement tissulaire.