Bordeaux: Le Laboratoire d'astrophysique conçoit la «SuperCam» de la prochaine mission de la Nasa sur Mars

ESPACE Le Laboratoire d’astrophysique de Bordeaux, est chargé de la réalisation d’une partie de la SuperCam, la tête chercheuse qui équipera le RoverMars2020. Ce robot de la Nasa prendra la suite de Curiosity sur la planète Mars à partir de juillet 2020…

Mickaël Bosredon
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La maquette du Rovermars2020, qui partira en exploration sur Mars en juillet 2020, a été présentée au Laboratoire d'astrophysique de Bordeaux.
La maquette du Rovermars2020, qui partira en exploration sur Mars en juillet 2020, a été présentée au Laboratoire d'astrophysique de Bordeaux. — M.Bosredon/20Minutes
  • Le RoverMars2020 sera équipé de deux Lasers, contre un seul pour Curiosity.
  • Le Laboratoire d’astrophysique de Bordeaux est chargé de toute la partie intelligence et électronique de cette tête chercheuse.
  • Plusieurs laboratoires français, dont deux à Toulouse, sont associés à ce vaste programme de la Nasa.

Après la ChemCam de Curiosity, voici la SuperCam de RoverMars2020 ! Le Laboratoire d’astrophysique de Bordeaux (LAB) est de nouveau associé à la prochaine mission d'exploration de la planète Mars par la Nasa, qui sera lancée en juillet 2020.

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Tout comme il avait participé à la réalisation du Laser de Curiosity (ChemCam), il est en ce moment en train de finaliser la tête de RoverMars2020 (SuperCam). A cette occasion, une maquette de l’engin d’exploration est présentée en ce moment au sein du LAB, sur le campus de Pessac-Talence.

De g. à d.: Sylvestre Maurice, astronome à l'Irap, Pascal Bordé, directeur du Laboratoire d'astrophysique de Bordeaux, Philippe Caïs, ingénieur de recherche et chef de projet SuperCam, et Philippe Paillou, professeur à l'université de Bordeaux, collaborateur pour SuperCam, devant la maquette du RoversMars2020.
De g. à d.: Sylvestre Maurice, astronome à l'Irap, Pascal Bordé, directeur du Laboratoire d'astrophysique de Bordeaux, Philippe Caïs, ingénieur de recherche et chef de projet SuperCam, et Philippe Paillou, professeur à l'université de Bordeaux, collaborateur pour SuperCam, devant la maquette du RoversMars2020. - M.Bosredon/20Minutes

« Le plus gros programme de planétologie en France »

Responsable scientifique du projet SuperCam, astrophysicien à l’Institut de recherche en astrophysique et planétologie de Toulouse, Sylvestre Maurice explique que « l’on a récupéré la conception de toute la tête du RoverMars2020, à l’issue d’un appel d’offres de la Nasa. C’est une grosse responsabilité, puisque c’est le plus gros programme de planétologie en France, et c’est le laboratoire d’astrophysique de Bordeaux qui en assure la construction, en particulier toute l’intelligence – l’électronique – et la mécanique. » Philippe Caïs, ingénieur de recherche CNRS au LAB,  est le chef de projet SuperCamà Bordeaux.

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« C’est un projet clairement français, insiste cependant Sylvestre Maurice, car c’est trop gros pour partir seul dans une aventure comme celle-là. C’est pourquoi nous nous sommes associés à plusieurs laboratoires : deux à Toulouse, un à Bordeaux, et trois à Paris… Nous sommes sur ce projet depuis 2014, et on a commencé à travailler en 2015 pour une livraison prévue en septembre 2018. Mais il ne partira qu’en juillet 2020 sur Mars. »

Sylvestre Maurice, astronome à l'Institut de recherche en astrophysique de Toulouse, responsable scientifique de la SuperCam
Sylvestre Maurice, astronome à l'Institut de recherche en astrophysique de Toulouse, responsable scientifique de la SuperCam - M.Bosredon/20Minutes

Objectif : trouver des traces de vie sur Mars

Le but de cette nouvelle mission RoverMars2020, sera de trouver des traces de vie sur Mars. « L’objectif de Curiosity était de démontrer si Mars avait été dans le passé habitable, et c’est fait : nous avons démontré qu’il y avait toutes les conditions pour que se développe la vie, poursuit Sylvestre Maurice. Ce qui ne veut pas forcément dire que la vie s’est développée. Là, la génération Mars2020 a pour but de montrer s’il y a eu des traces de vie. On est dans la continuité de Curiosity, mais on a poussé plus loin tous les curseurs. »

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Ainsi, la tête chercheuse qui équipera cette nouvelle mission « sera équipée d’un Laser rouge, qui chauffe la matière à 8.000 degrés et permettra de connaître la chimie des roches, et d’un Laser vert, qui fait vibrer les molécules et nous fait comprendre comment les atomes sont attachés entre eux. Donc c’est soit de la minéralogie, soit de la chimie. Celui de Curiosity c’était un Laser rouge uniquement, là il est double couleur. Et c’est un laser français créé par Thales. »

La SuperCam qui équipera le RoverMars2020, a été développée en partie au Laboratoire d'astrophysique de Bordeaux.
La SuperCam qui équipera le RoverMars2020, a été développée en partie au Laboratoire d'astrophysique de Bordeaux. - M.Bosredon/20Minutes

La tête sera « pilotée de Toulouse depuis un centre de contrôle par des équipes qui décideront de tirer le Laser sur telle ou telle roche, grâce aux images de Mars qui lui sont envoyées. »

Des échantillons posés sur le bord du chemin… et que l’homme pourra venir récupérer

Grâce à SuperCam, RoverMars2020 sera « la première mission permettant de sélectionner des échantillons, qui seront prélevés et posés sur le bord du chemin. Et on pense que d’ici 15 ans on sera capable d’aller poser une fusée, aller chercher les échantillons qui ont été choisis et redécoller. »

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Plus gros que Curiosity, le nouveau Rover est actuellement en construction par la Nasa, à Pasadena en Californie. Il pèse un peu plus d’une tonne, « ce qui en fait la voiture la plus complexe jamais construite par la Nasa : il y a six roues motrices, quatre roues directrices, un réacteur nucléaire, et un système de manipulation des échantillons qui va prélever des roches et les déposer. »

Héritier de l’observatoire d’astrophysique fondé en 1878 à Pessac, le LAB est installé sur le campus de Pessac-Talence depuis 2016, et compte 73 personnes à ce jour. « Il y a chez nous tout un savoir-faire de fabrication mécanique et de carte électronique pour les instruments embarqués » explique son directeur Pascal Bordé.