Marseille: Des chercheurs percent le secret des tatouages indélébiles... pour mieux les enlever?

TATOUAGE La découverte de ces scientifiques expliquerait pourquoi il est si difficile de retirer un tatouage…

Mathilde Ceilles

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Lors d'un salon du tatouage, à Bordeaux. (Illustration).
Lors d'un salon du tatouage, à Bordeaux. (Illustration). — SERGE POUZET/SIPA
  • Aujourd’hui, pour effacer toute trace de tatouage, il faut passer par de douloureuses séances de laser.
  • La peau contient ses propres agents d’entretien du derme : les macrophages, sur lesquels travaillent des chercheurs marseillais.
  • Agir sur ces macrophages pourrait faciliter l’élimination d’un tatouage.

« Dis papa, dis maman, pourquoi les tatouages sont indélébiles ? » Si un enfant vous pose cette question, au détour des allées du mondial du tatouage, ce week-end, il n’est pas le seul à s’interroger. Du côté des scientifiques, la question faisait même l’objet de recherches, et la découverte de chercheurs marseillais pourrait provoquer une petite révolution dans le monde des tribals sur la peau et autres dessins épidermiques.

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En effet, jusqu’ici, on estimait que les tatouages étaient indélébiles car ils teignaient des cellules éternelles de la peau. Autrement dit, on pensait que le pigment injecté dans la peau avait une durée de vie éternelle, équivalente à la cellule portant le pigment injecté dans la peau. Pour effacer toute trace de tatouage, les tatoués devaient alors procéder à de nombreuses et douloureuses séances de laser dans l’espoir de pouvoir peut-être tuer ces cellules.

Les macrophages en action

Or, sous les couches de l’épiderme tatoué, les choses se passeraient autrement si l’on en croit une équipe de chercheurs de l’Inserm et du CNRS, dirigée par Sandrine Henri et Bernard Malissen du centre d’immunologie de Marseille-Luminy. La peau contiendrait des sortes d’agents d’entretien chargés d’éliminer les corps étrangers et autres parasites du derme, baptisés sous le nom scientifique de « macrophage ». Dès l’instant où le pigment du tatouage est injecté dans la peau, les macrophages cherchent à éliminer ce corps étranger.

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Le hic : les cristaux d’encre sont trop gros pour ces cellules nettoyeuses, qui, bien qu’ayant absorbé les pigments, ne parviennent pas à les détruire, et meurent avant d’être parvenus à leur fin. On pourrait croire alors que ces cellules mortes emporteraient avec elles les pigments du tatouage, et donc le tatouage.

De nouvelles pistes pour enlever les tatouages

« Ce n’est pas le cas, note Sandrine Henri. D’autres macrophages viennent prendre le relais pour capturer de nouveau l’encre du tatouage qui, du coup, persiste, malgré l’élimination des cellules. ». D’où un tatouage qui peut résister aux différentes tentatives pour l’enlever !

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« Au jour d’aujourd’hui, pour retirer un tatouage, il faut que le laser passe la peau, tue les macrophages, casse en plus petits morceaux les cristaux d’encre qui doivent être ensuite éliminés par le système immunitaire, poursuit la chercheuse. On pourrait peut-être trouver un traitement qui détruirait localement les macrophages et ainsi rendre le laser plus efficace. » Une possibilité qui reste encore à creuser au fil des recherches de cette équipe de scientifiques…