VIDEO. Barbara Streisand a fait cloner son chien, mais comment ça marche?

SCIENCES La chanteuse a sans doute payé 100.000 dollars pour s'offrir deux copies génétiques presque identiques de sa chienne Samantha décédée l'an dernier...

Philippe Berry

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Barbara Streisand et ses deux chiens, Miss Violet et Miss Scarlett, conçus par clonage.
Barbara Streisand et ses deux chiens, Miss Violet et Miss Scarlett, conçus par clonage. — VARIETY
  • Barbara Streisand a révélé qu’elle avait fait cloner sa chienne de 14 ans, décédée l’an dernier.
  • La pratique coûte entre 50.000 et 100.000 dollars.
  • Si le clone est génétiquement proche d’un jumeau, sa personnalité peut partager des traits communs mais ne sera jamais identique à l’original.
  • Des experts en bioéthique s’opposent à cette pratique et conseillent d’adopter.

Cloner un chat ou un chien est possible, mais est-ce une bonne idée ? Le débat est relancé, alors que la chanteuse Barbara Streisand a révélé à Variety qu’elle avait eu recours à cette technique controversée pour obtenir deux clones de sa chienne Samantha, un Coton de Tuléar décédé à l’âge de 14 ans en mai dernier. Plus de 20 ans après la brebis Dolly, le clonage d’animal est un business encore très peu régulé.

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Le clonage de chien, comment ça marche ?

Comme le clonage de brebis ou de souris. Des cellules du chien, souvent de peau, sont prélevées par un vétérinaire via une biopsie. Dans le cas de Barbara Streisand, Samantha était encore vivante mais la procédure peut être réalisée jusqu’à une dizaine de jours après la mort de l’animal à condition que sa dépouille ait été emmaillotée dans une serviette humide et conservée au frigo – surtout pas au congélateur – détaille l’entreprise américaine Viagen Pets.

Le laboratoire prélève ensuite le noyau (qui contient le génome complet du chien) puis l’insère dans des ovules non-fécondés et énucléés (dépourvus d’information génétique) prélevés à une chienne donneuse. Pas de fécondation par un spermatozoïde ici, la fusion et la division cellulaire sont déclenchées par stimulation électrique. L’embryon est implanté dans une chienne porteuse, qui donne naissance à un chiot 60 jours plus tard.

Combien ça coûte ?

Snuppy, le premier chien conçu par clonage, est né en 2005. Son « papa », le chercheur coréen Hwang Woo-Suk, est ensuite tombé en disgrâce après avoir falsifié des recherches sur des cellules-souches humaines soi-disant clonées. Il a ensuite fondé le laboratoire Sooam Biotech Research foundation, qui a cloné plus de 600 chiens pour des clients du monde entier, dépensant 100.000 dollars par animal. Depuis l’an dernier, le laboratoire américain Viagen Pets facture 50.000 dollars pour cloner un chien et 25.000 dollars pour un chat.

Le clone est-il une copie génétique conforme ?

« En théorie, oui, mais en pratique, pas à 100 %. Le processus de division cellulaire peut s’accompagner de quelques mutations. Mais dans la plupart des cas, c’est équivalent à la différence entre des vrais jumeaux », explique Antonio Giraldez, professeur de génétique à l’université de Yale. Le généticien d’Harvard George Church, qui mène le mouvement pour ressusciter le mammouth à laine et travaille pour l’instant à créer un hybride de l’animal disparu et de l’éléphant d’Asie, acquiesce : « Ces dizaines de variations sont relativement faibles, comparées avec les milliers de différences génétiques entre deux chiens de la même race et les millions entre des chiens de races différentes. » Si le clone ressemble en général à l’original, « des variations épigénétiques [des changements de l’activité des gènes qui ne sont pas liés à l’ADN] peuvent donner des pelages différents chez le chat Calico », précise Church.

Les clones vivent-ils moins longtemps ?

Alors qu’une brebis vit en moyenne 12 ans, Dolly a été euthanasiée à 6 ans et demi après avoir développé de l’arthrose et un cancer des poumons. Certains scientifiques avaient spéculé qu’elle était née ''vieille'', avec des télomères (l’extrémité des chromosomes qui semble liée au processus de vieillissement), plus courts. Depuis, de nombreux mammifères ont été clonés, et si la longueur des télomères varie de l’un à l’autre sans que l’on sache pourquoi, selon la Food and Drug Administration, « les chiens ou les moutons clonés semblent vivre en général aussi longtemps que les autres », précise George Church. Les analyses restent cependant trop limitées pour avoir un avis définitif. Surtout, le processus de clonage reste complexe et peut s’accompagner de fausses couches ou de malformations à la naissance. De nombreux experts en bioéthique et des organisations de protection des animaux comme Peta condamnent la procédure et conseillent plutôt d’adopter.

Le chien cloné a-t-il la même personnalité que l’original ?

C’est la question ultime, et souvent la raison qui pousse un propriétaire éploré à cloner son chien. « Ils ont une personnalité différente mais j’attends de voir en vieillissant s’ils ont le sérieux et les yeux de Samantha », confie Barbara Streisand à Variety. « Le tempérament n’est qu’en partie déterminé par la génétique, l’environnement joue également, c’est le vieux débat entre l’inné et l’acquis », indique la FDA sur son site. Mais selon George Church, « certains facteurs ayant un impact sur la personnalité sont très hautement héréditaires », citant notamment des recherches sur la schizophrénie, le bégaiement et les troubles du déficit et de l’attention.

« Il y a plusieurs camps. Je considère que l’influence génétique est forte. Avec des expériences similaires, il y aurait sans doute de fortes similarités dans leur personnalité », estime pour sa part Antonio Giraldez. Parce l’environnement et les expériences individuelles ne sont jamais les mêmes, la personnalité entre le clone et l’original ne sera, a priori, jamais identique. Selon les chercheurs, ils pourraient toutefois partager des traits communs (facilité à dresser, degré de sociabilité avec des chats ou des enfants etc.). Mais, au risque de le répéter, ça ne sera pas le même chien. Rien, pas même la science, ne peut ramener un compagnon de 14 ans d’entre les morts.

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