«Un nouveau pas» vers la prévision précoce des éruptions solaires (et c'est une très bonne nouvelle pour vous)

ESPACE Les éruptions solaires sont susceptibles d'avoir de graves conséquences...

20 Minutes avec AFP

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La surface solaire et son champ magnétique, à partir des données du satellite SDO de la NASA.
La surface solaire et son champ magnétique, à partir des données du satellite SDO de la NASA. — Tahar Amari / Centre de physique théorique et S. Habbal / M. Druckmüller

« Un nouveau pas » vers la prévision précoce des éruptions solaires. C’est ce qu’ont annoncé avoir accompli des chercheurs français ce mercredi. Une nouvelle importante car les éruptions solaires peuvent toucher l’électronique embarquée dans les satellites et perturber les systèmes de navigation. Elles risquent ainsi d’affecter les communications, les réseaux de distribution d’électricité, les transports mais aussi les organismes vivants (effet des radiations).

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Résultat, si de très fortes éruptions, comme celle de 1859, survenaient à nouveau, la facture s’élèverait à plusieurs centaines de milliards de dollars selon des spécialistes. Un scénario inquiétant alors que la probabilité de subir une telle catastrophe dans les années à venir est de 12 %. Dans ce contexte, pour limiter un tel impact, la communauté scientifique cherche à mettre au point des modèles de prévision.

« Combat entre une corde magnétique et une cage »

Dans une nouvelle étude publiée mercredi dans la revue Nature, l’équipe de chercheurs, menée par l’astrophysicien Tahar Amari, directeur de recherche CNRS à l’Ecole polytechnique, a indiqué que, selon eux, les éruptions résulteraient d’un « combat entre une corde magnétique et une cage » constituée elle aussi de champs magnétiques. Des formules imagées pour décrire des phénomènes encore mal connus.

L’atmosphère de notre étoile est balayée par des tempêtes de plusieurs sortes. Ces phénomènes, qui se produisent dans la couronne, la zone la plus externe du Soleil, sont causés par une reconfiguration brutale et soudaine du champ magnétique solaire. Ils se caractérisent par une intense libération d’énergie sous la forme d’émissions de rayonnements et de particules diverses et, parfois, par l’éjection d’une énorme bulle magnétique de plasma (gaz ionisé) qui peut faire de gros dégâts si elle touche la Terre.

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En 2014, l’équipe de Tahar Amari a découvert que juste avant les éruptions solaires, il se formait une « corde magnétique » au niveau de l’atmosphère de l’étoile. L’énergie de cette « corde », faite de « fils magnétiques enchevêtrés », comme du « chanvre torsadé », augmente au fur et à mesure de son émergence au niveau de la surface du Soleil, selon les scientifiques pour qui cette corde est à l’origine du phénomène éruptif.

« Cage magnétique multicouche »

Dans l’étude publiée mercredi l’équipe annonce avoir fait une autre découverte : la corde se développerait au sein d’une « cage magnétique multicouche », « jusqu’à vouloir sortir de cette sorte de protection "maternelle" en engageant une sorte de lutte », a déclaré Tahar Amari. « Parfois, c’est la cage qui gagne et malgré les assauts de la corde, elle n’est détruite que partiellement », rendant impossible une éjection de bulle magnétique mais permettant tout de même l’émission de rayonnements puissants.

« Parfois, c’est la corde qui gagne et elle parvient à détruire vraiment la cage, donnant une éjection de bulle magnétique », ajoute-t-il. La puissance de celle-ci varie et dans certains cas, elle peut être dangereuse pour la Terre. Un « seul et unique phénomène » pourrait ainsi expliquer toutes les éruptions solaires.

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Les scientifiques ont basé leurs nouveaux travaux sur l’étude d’une éruption solaire importante qui s’est produite le 24 octobre 2014 et a été observée par l’observatoire solaire SDO (Solar Dynamics Observatory) de la Nasa. Pour trouver le phénomène à l’origine de cette éruption, les chercheurs ont fait tourner leurs modèles de calcul des champs magnétiques, en injectant les données de l’observatoire solaire. Lors de cette éruption, il n’y a pas eu d’éjection de bulle de plasma. Mais « si la cage avait été plus faible, il y aurait eu une ».