Théorie du complot? Le Pentagone n'est pas le seul à enquêter sur les Ovnis, la France aussi

INVESTIGATION A travers le Groupe d'études et d'information sur les phénomènes aérospatiaux non identifiés (Geipan), rattaché au CNES, la France aussi observe les OVNI...

T.L.G.

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Photo d'illustration d'un ovni.
Photo d'illustration d'un ovni. — O'Dell Dale/SUPERSTOCK/SIPA
  • Le Pentagone a reconnu mardi  chargé d’enquêter sur ces observations d’objets volants non identifiés.
  • En France, un organisme est lui aussi missionné pour enquêter sur les phénomènes inexpliqués depuis 1977.
  • Jean-Paul Aguttes, responsable du programme, raconte à 20 Minutes comment son équipe traque les OVNI et les PAN (Phénomènes Aérospatiaux Non identifiés).

Ça fait environ 70 ans que les Ovnis fascinent les passionnés de science-fiction et nourrissent les amateurs de théorie du complot. Il y a quelques jours, le Pentagone a reconnu l’existence d’un programme, doté d’un budget de 22 millions de dollars, chargé d’enquêter sur ces observations d’objets volants non identifiés.

En France, un organisme est lui aussi missionné pour enquêter sur les phénomènes inexpliqués depuis 1977. Il s’agit du Geipan (Groupe d’études et d’informations sur les phénomènes aérospatiaux non identifiés), qui dépend du Centre national d’études spatiales (Cnes). Jean-Paul Aguttes, responsable du programme, raconte à 20 Minutes comment son équipe traque les OVNI et les PAN (Phénomènes Aérospatiaux Non identifiés).

Quelle est la mission du Geipan ?

« Notre mission est de répondre à l’échelle de la France aux témoignages sur les étrangetés perçues dans le ciel. Nous collectons les données, nous les analysons pour tenter de les expliquer », rapporte le scientifique. « Les témoins sont des membres de l’aviation civile ou de la Défense, mais surtout, le tout un chacun. Nos conclusions sont publiques et mises en ligne sur le site du Geipan ».

Cette équipe, composée principalement de deux membres du Cnes, reçoit chaque année environ 500 demandes, par mails ou téléphone. La moitié de ces demandes sont résolues rapidement. « Mais pour les 200-250 autres, nous menons une enquête, le plus souvent à distance grâce aux outils numériques. Et dans 10 % des cas, nous nous rendons chez le témoin », explique Jean-Paul Aguttes.

Comment sont menées les enquêtes ?

Rien à voir avec les méthodes d'investigation de Fox Mulder et Dana Scully. « L’analyse consiste à retrouver ce qui a pu être étrange pour le témoin. L’étrangeté peut être causée par la source de l’observation : un point dans le ciel au départ, que la personne n’a jamais vu. Il peut s’agir d’un phénomène de foudre, d’une météorite, ou encore d’un drone ou d’une lanterne chinoise. Cela peut aussi être un objet connu mais vu dans des conditions qui l’ont rendu étrange, à cause de la météo, un nuage par-dessus la lune, une illusion d’optique, etc. », détaille le spécialiste.

Pour expliquer l’étrangeté, le Geipan fait appel aux gendarmes, à une quinzaine d’experts et une vingtaine d’enquêteurs bénévoles, formés par l’institut. L’enquête peut durer de quelques jours à plusieurs années. « Chaque spécialiste nous apporte son expertise sur la météo, la physique, l’éclairage, ou la psychologie des témoins. C’est un travail multidisciplinaire », insiste-t-il. Les outils numériques, comme Google Street view sont aussi utilisés pour croiser l’information avec d’autres données

Après l’enquête, la classification

A l’issue de l’enquête, si une explication est probable à plus de 50 % selon les critères du Geipan, le dossier est classé. Sinon, le phénomène est rangé  dans la catégorie D, et considéré comme « non-identifié ». Depuis 40 ans, cela représente 7 % des phénomènes étudiés. « Cette catégorie était à 9 % auparavant, elle baisse car on revisite les anciens phénomènes inexpliqués. Avec l’expérience et les nouveaux outils, on peut expliquer des choses inconnues il y a 20 ou 30 ans, comme le phénomène de la foudre en boule par exemple », note le scientifique.

Une graduation existe pour les phénomènes non-expliqués. « La catégorie D1, dans laquelle nous admettons des hypothèses mais celles-ci ne sont pas supérieures à 50 % et la D2, la pure étrangeté, qui ne ressemble à rien de connu et est accompagnée de preuves consistantes, comme plusieurs sources », dit-il. Jusqu’à aujourd’hui, aucun élément ne correspond à cette catégorie.

Donc les extraterrestres ne sont pas parmi nous ?

« Cette hypothèse, je ne peux pas l’exclure mais en 40 ans de Geipan, nous n’avons eu aucune preuve. La question extraterrestre est surtout gérée au quotidien dans l’émotion des témoins » répond Jean-Paul Aguttes. « Mais l’absence de preuves n’est pas une preuve d’absence ». Voilà un peu d’espoir.