Manipulation génétique: Josiah Zayner, le biohacker qui va trop loin?

SCIENCES L’Américain donne des sueurs froides aux autorités fédérales de son pays en tentant de modifier son propre génome. Il multiplie les expériences notamment en utilisant la technique révolutionnaire Crispr-Cas9…

F.P.

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Illustration d'un brin d'ADN (acide désoxyribonucléique), la molécule qui porte l'information génétique des êtres vivants.
Illustration d'un brin d'ADN (acide désoxyribonucléique), la molécule qui porte l'information génétique des êtres vivants. — SUPERSTOCK/SIPA
  • Josiah Zayner fait beaucoup parler de lui ces derniers temps avec ses expériences où il tente de modifier son propre génome en utilisant la méthode Crispr-Cas9.
  • Découverte en 2012, la technique Crispr-Cas9 permet de supprimer et d’insérer des gènes à un endroit précis du chromosome, au sein du génome de n’importe quelle cellule et quelle que soit l’espèce, y compris l’homme. Le tout à moindres frais et relativement facilement.
  • Josiah Zayner ne veut pas limiter cette technique aux seuls laboratoires universitaires et aux grandes compagnies privées mais montrer qu’elle est accessible au plus grand nombre.

Josiah Zayner  joue-t-il avec le feu ?  Début octobre, l’Américain a franchi un cap dans le « DIY » (Do it yourself), en déclinant le concept des bidouillages informatiques à la manipulation du vivant. Diplôme de l’université de Chicago en biophysique nucléaire, ancien de la Nasa, Josiah Zayner, 36 ans, veut être le premier humain « crispérisé » avec succès, raconte Le Monde qui consacre un portrait à ce biohacker.

>> Des ciseaux moléculaires pour corriger les gènes: La technique CRISPR-Cas9 progrès ou dérive de la science?

Rendre Crispr-Cas9 accessible au plus grand nombre ?

Crispérisé ? Le terme renvoie à la technique révolutionnaire « Crispr-Cas9 », découverte en 2012 et qui permet de supprimer et d’insérer des gènes à un endroit précis du chromosome, au sein du génome de n’importe quelle cellule et quelle que soit l’espèce, y compris l’homme. « D’autres techniques permettaient déjà de découper de l’ADN, Crispr-Cas9 le fait avec plus de précision, plus facilement et à moindres frais, expliquait à 20 Minutes, en août dernier, Mylène Weill, directrice de recherche au CNRS, généticienne à l’ Institut des sciences de l’évolution de Montpellier.

La technique ouvre potentiellement la voie à des progrès dans le traitement des maladies génétiques et leur non-transmission aux générations futures. Josiah Zayner, lui, y voit une autre avancée : « Pour la première fois de l’Histoire, les humains ne sont plus esclaves de leur patrimoine génétique », raconte-t-il. Une promesse qui justifie, selon lui, de ne pas limiter la technique Crispr Cas-9 aux laboratoires universitaires et aux grandes compagnies privées. »

Gagner en muscle ou bronzer en un coup d’œil ?

On en revient alors à cette fameuse journée du 4 octobre dernier. Ce jour-là, Josiah Zayner s’est injecté dans l’avant-bras une solution contenant la protéine Cas 9 et un ARN (Acide ribonucléique) guide ciblant le gène de la myostatine, une protéine qui inhibe la croissance musculaire, rapporte Sciences et Avenir. Le but de la manœuvre ? Supprimer ce fameux myosatine et voir alors si ses muscles gonflent plus que de raison en conséquence.

Josiah Zayner a en tête les expériences menées par des chercheurs sur des chiens et consistant à modifier leurs gênes produisant la myostatine. Les toutous se transformaient alors en molosse bodybuildé, précise Le Monde. Rien de tel pour l’instant chez Josiah Zayner qui continue toutefois de surveiller de près l’évolution de son bras.

L’Américain n’est pas à sa première tentative de modification de son génome via la technique Crispr-Cas9. Par le passé, il s’est déjà injecté un système Crispr censé doper les gènes produisant la tyrosinase, une enzyme nécessaire à la production de mélanine. Josiah Zayner s’attendait à bronzer. « Je n’ai rien vu. Soit je n’en avais pas mis assez, soit ça n’a pas été transmis aux cellulles », raconte-t-il au Monde.

Des kits du parfait biochimiste qui inquiètent…

Mais Josiah Zayner ne se focalise pas seulement sur les résultats. Le biochimiste veut d’abord prouver que l’édition du génome peut être effectuée par presque tout le monde. « Que ce n’est pas dangereux et que c’est accessible », précise-t-il. Dans cette optique, il a créé The Odin, une startup qui commercialise des kits permettant de réaliser des expériences de génie génétique à domicile, y compris en utilisant la technique CRISPR.

Basée à Oakland (Californie), The Odin expédierait une vingtaine de ces kits à travers les Etats-Unis chaque jour. Les expériences proposées vont de la modification de l’ADN d’une bactérie pour en changer la couleur jusqu’à la modification d’une levure permettant de mettre au point une bière fluorescente, décrit Le Monde.

Ces kits ne font pas rire tout le monde. Les autorités fédérales américaines et la FDA (l’agence du médicament américaine) viennent de publier des mises en garde rappelant que toute utilisation de Crispr sur l’être humain doit faire l’objet d’une approbation et que la vente de ces kits est illégale.