VIDEO. Cinq questions sur la greffe de peau réalisée entre jumeaux

SANTE « 20 Minutes » revient sur la greffe de peau qui a sauvé un homme brûlé sur la quasi-totalité du corps…

A.-L.B. avec AFP

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Franck, 33 ans, qui a souffert de brûlures sur 95% de son corps et a été sauvé par une greffe de peau de son jumeau Eric, lors d'une séance de kinésithérapie au centre de rééducation de Corbie, près d'Amiens , le 23 novembre 2017.
Franck, 33 ans, qui a souffert de brûlures sur 95% de son corps et a été sauvé par une greffe de peau de son jumeau Eric, lors d'une séance de kinésithérapie au centre de rééducation de Corbie, près d'Amiens , le 23 novembre 2017. — FRANCOIS LO PRESTI / AFP

Condamné à mourir, un homme de 33 ans brûlé au 3e degré et sur la quasi-totalité du corps en 2016 a été sauvé grâce à une greffe de peau issue de son frère jumeau. Cette opération exceptionnelle a été pratiquée à l’hôpital Saint-Louis à Paris par les équipes du professeur Maurice Mimoun en chirurgie plastique et reconstructrice et du professeur Alexandre Mebazaa en anesthésie réanimation. 20 Minutes revient sur les grandes questions liées à cette première…

Quel est l’accident qui a conduit la victime à cette opération exceptionnelle ?

Le 27 septembre 2016, Franck, 33 ans, est admis au centre spécialisé de l’hôpital Saint-Louis de Paris. « Je déversais un bidon dans une cuve qui m’a explosé dans les mains, c’était un produit inflammable. J’ai brûlé à vif une quinzaine de secondes », a confié cet opérateur chimiste à l’AFP. Brûlé sur 95 % de son corps lors d’un accident du travail, il est quasiment assurée de mourir.

Comment se sont déroulées les greffes ?

Plusieurs opérations sont pratiquées, incluant des greffes et des interventions pour exciser la peau brûlée, toxique pour l’organisme. La première opération entre les jumeaux est réalisée une semaine après l’admission de la victime à l’hôpital. Les deux frères sont opérés au même moment par deux équipes de chirurgiens et d’anesthésistes réanimateurs afin de réaliser le transfert immédiat de la peau. L’opération est répétée les 11e et 44e jours.

Opération de greffe de peau réalisée entre des jumeaux par le professeur Mimoun à l'hôpital Saint-Louis à Paris (AP-HP)
Opération de greffe de peau réalisée entre des jumeaux par le professeur Mimoun à l'hôpital Saint-Louis à Paris (AP-HP) - Maurice Mimoun/Hôpital Saint Louis – AP-HP

Dans une vidéo publiée par l’AP-HP, le professeur Mimoun, chef du service de chirurgie plastique et reconstructrice à l’hôpital Saint-Louis à Paris, explique que les équipes ont observé « des choses très intéressantes » sur le patient. « Le cercle vicieux [des grands brûlés], le choc, l’infection qui conduit à la mort s’est transformé en cercle vertueux où il régénérait », raconte le chirurgien.

Qu’ont fait concrètement les médecins ?

De « minces couches » (5 à 10 cm de large) de peau ont été prélevées sur le donneur. Ces prévèlements ont été réalisés sur le crâne, qui cicatrise en moins d’une semaine, ainsi que sur le dos et les cuisses, qui cicatrisent en une dizaine de jours. Les 45 % de peau obtenue ont été étirés dans une machine pour obtenir « comme un bas résille ».

Opération de greffe de peau réalisée entre des jumeaux par le professeur Mimoun à l'hôpital Saint-Louis à Paris (AP-HP)
Opération de greffe de peau réalisée entre des jumeaux par le professeur Mimoun à l'hôpital Saint-Louis à Paris (AP-HP) - Maurice Mimoun/Hôpital Saint Louis – AP-HP

L’ensemble a ensuite été posé sur le corps du brûlé, selon le chirurgien : « Les petites plaies entre chaque maille cicatrisent en dix jours », a-t-il précisé à l’AFP.

En quoi cette opération est-elle exceptionnelle ?

Si l’utilisation de la peau de donneur décédé est classique chez les grands brûlés, elle est systématiquement rejetée au bout de quelques semaines et doit être remplacée. C’est pourquoi le recours à la peau d’un jumeau homozygote (c’est-à-dire issu de la même cellule œuf et au capital génétique identique) a permis d’éviter totalement le rejet de greffe et les traitements immunosuppresseurs associés, souligne l’AP-HP dans un communiqué.

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Cette opération est exceptionnelle par l'étendue de la greffe pratiquée. Les cas qui ont été médiatisés dans le monde allaient de 6 % à 68 % environ, et portaient sur 45 % de la surface du corps en moyenne, selon le chirurgien. « C’est de très loin le plus grave brûlé sauvé en utilisant la peau de son frère jumeau », explique le professeur Maurice Mimoun au Figaro.

Franck, 33 ans, qui a souffert de brûlures sur 95% de son corps et a été sauvé par une greffe de peau de son jumeau Eric, lors d'une séance de kinésithérapie au centre de rééducation de Corbie, près d'Amiens , le 23 novembre 2017.
Franck, 33 ans, qui a souffert de brûlures sur 95% de son corps et a été sauvé par une greffe de peau de son jumeau Eric, lors d'une séance de kinésithérapie au centre de rééducation de Corbie, près d'Amiens , le 23 novembre 2017. - FRANCOIS LO PRESTI / AFP

Comment va le patient greffé aujourd’hui ?

Le patient est sorti du centre de brûlés de l’hôpital Saint-Louis mi-février, quatre mois et demi après son hospitalisation. Il est ensuite passé par le centre de réadaptation de grands brûlés Coubert (Ile-de-France) jusqu’en juillet dernier. Le patient peut aujourd'hui marcher mais pas courir. Il est rentré chez lui et poursuit sa rééducation de jour au centre de Corbie (Somme). « Il est chez lui avec sa compagne, il peut vaquer à ses occupations, son visage a très bien récupéré, ses mains aussi », se réjouit le professeur Mimoun.

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« Mon corps est très abîmé mais j’ai bien cicatrisé. Maintenant mon visage n’a presque plus rien et je n’ai plus mal », a précisé le patient à l’AFP, en cours de sevrage de médicaments antidouleur. « C’est un travail de longue haleine pour gagner quelques degrés d’amplitude », a-t-il ajouté. « Ma main gauche aurait dû être sectionnée mais elle a été sauvée. La droite est moins abîmée, j’arrive à écrire. » Il arrive même « à faire quelques échanges au ping-pong ».

Quant au donneur, il « va bien ». Il est « super ravi » d’avoir aidé son frère, dit le chirurgien. Il n’est pas balafré mais « conservera peut-être une petite différence de pigmentation », ajoute le chirurgien.

Un homme de 33 ans a bénéficié d'une greffe exceptionnelle de peau de son jumeau, une opération menée par le chirurgien Maurice Mimoun à l'hôpital Saint-Louis en 2016
Un homme de 33 ans a bénéficié d'une greffe exceptionnelle de peau de son jumeau, une opération menée par le chirurgien Maurice Mimoun à l'hôpital Saint-Louis en 2016 - Maurice Mimoun

Va-t-on vers la production d’une « peau universelle » ?

Les «processus étonnants de régénération» observés chez le patient français « ouvrent la voie à des thérapeutiques innovantes chez les grands brûlés et notamment la mise au point d’une peau universelle », souligne l’AP-HP dans son communiqué. Une peau universelle fait par ailleurs l’objet de recherches dans le monde.

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Des chercheurs allemands, autrichiens et italiens planchent actuellement sur des cellules-souches destinées à générer de manière illimitée des cellules de peau qui pourraient être autogreffées sur les patients, rappelle Le Monde. Ces derniers sont parvenus récemment « à reconstruire la peau d’un jeune garçon détruite par une grave maladie héréditaire, l’ épidermolyse bulleuse jonctionnelle », ajoute le quotidien.