Des greffes sans rejet

Yaroslav Pigenet

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Le second greffé du visage au monde, un Chinois de 30 ans opéré mi-avril après avoir été défiguré par un ours, a annoncé dimanche sa sortie de l'hôpital.
Le second greffé du visage au monde, un Chinois de 30 ans opéré mi-avril après avoir été défiguré par un ours, a annoncé dimanche sa sortie de l'hôpital. — AFP/Archives

Trois équipes de chirurgiens sont parvenues à réaliser des greffes d’organes qui n’astreindront pas les patients à un long traitement immunosuppresseur. La technique, présentée cette semaine dans la revue New England Journal of Medicine, permet au système immunitaire du receveur de reconnaître l’organe greffé sans le rejeter.

 
Un traitement lourd et définitif

C’était la principale limite des greffes d’organe : à moins que la transplantation se fasse entre vrais jumeaux, le receveur doit suivre un traitement immunosuppresseur jusqu’à la fin de ses jours. Faute de quoi, l’organe est attaqué par les cellules immunitaires comme un corps étranger. Malheureusement, les médicaments immunosuppresseurs, sont très chers et ils favorisent les infections et les cancers. Trois chirurgiens viennent de démontrer que les greffés pourraient peut-être un jour se passer d’eux.

 

Une technique testée sur les singes

Sur la base de travaux sur le singe qui montraient que l’on diminuait le risque de rejet quand on transplantait simultanément l’organe et des cellules souches sanguines du donneur, David Sachs et son équipe du General Hospital de Boston (Etats-Unis) a réalisé une greffe rein/moelle osseuse auprès de cinq patients. La moelle osseuse est en effet l’endroit où sont produites les cellules sanguines et immunitaires. Moins d’un an après la transplantation, quatre des cinq patients ont pu arrêter tout traitement immunosuppresseur sans montrer le moindre signe de rejet.

 
Un foie et des cellules souches

Michael Stormon et son équipe du Children’s Hospital at Westmead de Sydney (Australie) sont parvenus, grâce à une technique légèrement différente, à transplanter un foie à une petite fille de 9 ans atteinte d’une hépatite. Là, le traitement immunosuppresseur qui lui a été administré juste après l’opération a complètement détruit ses propres cellules immunitaire. Celles-ci ont progressivement été remplacées grâce aux cellules souches sanguines apportées avec le foie du donneur décédé. Quatre ans après l’arrêt des immunosuppresseurs, il n'y a ni complication ni rejet.

 
Frères de sang

Enfin, Samuel Strober et son équipe de l’Université Stanford (Etats-Unis) ont réussi une transplantation de rein entre deux frères en détruisant le système immunitaire du receveur par radiothérapie puis en lui injectant une infusion de cellules souches prélevées sur le donneur. Deux ans après l’arrêt du traitement immunosupresseur, les deux frères se portent bien, et le receveur compte encore des cellules immunitaires du donneur dans son sang.

 
Une technique prometteuse

Même s’ils admettent ne pas encore connaître le mécanisme exact qui permet au système immunitaire « d’accepter » l’organe transplanté, ces chercheurs estiment que leurs travaux constituent un tournant majeur dans la technique des greffes. Strober, qui continue son étude auprès d’autres patients, affirme ainsi que la méthode qu’il expérimente pourra être généralisée d’ici 5 à 10 ans.