VIDEO. En six mois dans l’espace, Thomas Pesquet a aussi beaucoup apporté à la Science

ESPACE En six mois à bord de la station spatiale internationale, l’astronaute français a mené une centaine d’expériences scientifiques...

Fabrice Pouliquen

— 

Thomas Pesquet dans la station spatiale internationale (ISS)
Thomas Pesquet dans la station spatiale internationale (ISS) — Thomas Pesquet/ESA/NASA/Cover Images/SIPA
  • Thomas Pesquet revient sur terre vendredi
  • Il a réalisé une bonne centaine d'expériences qui auront des applications pratiques

Des photos. Beaucoup, beaucoup de photos… Si remonter le fil Twitter de Thomas Pesquet suffisait à résumer ses six mois de vie à bord de la Station spatiale internationale (ISS), on pourrait croire que l’astronaute français, qui rentre ce vendredi, a passé l’essentiel de son temps le nez collé au hublot, à photographier à tout ce qui défilait 400 km plus bas.

Ne faisons pas non plus offense à Thomas Pesquet. « A bord de l’ISS, les loisirs sont forcément limités, ce qui explique que Thomas ait consacré une bonne partie de son temps libre à la photographie, commente Sébastien Barde, responsable du Cadmos (Centre d’aide au développement des activités en micropesanteur). Ce service du  Cnes, l’agence spatiale française, a organisé plusieurs expériences de Proxima, le nom de baptême de la mission de Thomas Pesquet dans l’espace.

Un astronaute zélé

Sébastien Barde l’assure : « Les journées de Thomas Pesquet étaient bien remplies ». Dans l’ISS, il travaillait dix heures par jour, cinq jours et demi par semaine. « Il a réalisé dans les temps toutes les expériences demandées. Souvent même, il avait du temps d’avance qu’il a mis à contribution pour réaliser des expériences optionnelles ».

>>  Lire aussi: Tout ce qu’il faut savoir sur le retour sur Terre de Thomas Pesquet

L’expérience Everywear témoigne de ce zèle. « Il s’agit d’une tablette tactile dont se servait Thomas Pesquet pour enregistrer ses repas et ainsi permettre son suivi nutritionnel, explique Sébastien Barde. Il était prévu au départ qu’il l’utilise quatre fois pendant son séjour. Il a trouvé que ça marchait bien et l’a utilisé tous les jours, si bien qu’on se retrouve avec cinq mois de suivi nutritionnel. Forcément, cela nous intéresse. »

Une centaine d’expériences réalisée

En tout, Thomas Pesquet a réalisé une centaine d’expériences à bord de l’ISS : 62 coordonnées par l’Agence spatiale européenne et le Cnes et 55 autres organisées par les agences spatiales américaine, canadienne et japonaise.

Elles visaient notamment à mieux contrôler les conditions de vie dans l’ISS, d’améliorer nos connaissances sur le comportement des fluides dans l’espace, mais aussi faire progresser la recherche en physiologie humaine afin de mieux comprendre notamment les mécanismes qui aident l’organisme à compenser les effets de l’apesanteur.

Le Cadmos a particulièrement travaillé sur ce dernier volet en pilotant une vingtaine d’expériences menées par Thomas Pesquet. « Il s’agissait de mieux comprendre les mécanismes qui aident l’organisme à compenser les effets de l’apesanteur mais aussi à tester des instruments innovants améliorant le suivi des astronautes en mission », indique Sébastien Barde.

Des échographies pilotées depuis la Terre

Comme Echo, un appareil d’échographie télé-opérable depuis la terre, l’une des réussites de la mission Proxima puisque l’appareil restera à bord de l’ISS. « Les échographies sont ce qu’il y a de mieux aujourd’hui pour étudier l’intérieur du corps humain dans l’espace, explique Sébastien Barde. Jusqu’à présent, les astronautes eux-mêmes réalisaient ces échographies, ce qui leur prenait beaucoup de temps pour une qualité d’échographie médiocre, les astronautes n’étant pas médecins. Echo répond à ce problème. »

Préparer des expéditions plus longues et améliorer notre quotidien

Si Sébastien Barde s’attarde sur l’expérience Echo, c’est qu’elle est emblématique de la mission Proxima de Thomas Pesquet. « A savoir mettre au point des expériences, notamment dans le domaine médical, qui permettront de préparer des voyages spatiaux de plus longue durée mais qui pourront aussi avoir des applications concrètes sur Terre et profiter ainsi au plus grand nombre. »

Ainsi, l’échographe télé-opérable pourrait très bien un jour permettre d’améliorer l’accès aux soins des populations isolées. La mission Proxima a aussi permis de tester une nouvelle technique, simplifiée, pour contrôler la qualité de l’eau destinée à être bue à bord de l’ISS. « Ce même système pourrait être utilisé lors de catastrophes naturelles pour contrôler la qualité de l’eau potable », illustre Sébastien Barde.

>> Lire aussi: Quand l’astronaute Thomas Pesquet reviendra sur Terre, il aura grandi d'environ cinq centimètres

Un dernier exemple ? Grip-Grasp et Perspectives, trois expériences liées qui ont cherché à évaluer l’adaptation du système nerveux en situation de micropesanteur, « lorsque le cerveau ne peut plus compter sur ses muscles ou son oreille interne pour lui dire où est le sol, indique le directeur adjoint du Cadmos. Ces expériences pourraient aider à mettre au point des diagnostics précoces de perte d’équilibre, notamment chez les personnes âgées. »

Encore un an de travail pour Thomas Pesquet

Bref, Thomas Pesquet peut se targuer d’avoir fait avancer la Science. Et ce travail est loin d’être fini Les scientifiques ont encore beaucoup de données collectées à analyser et des expériences lancées sous Proxima devront être poursuivies par d’autres astronautes.

Surtout, Thomas Pesquet, lui-même, n’en a pas fini avec les expériences scientifiques. « Les mesures vont encore s’étaler sur un an, évalue Sébastien Barde. Il a perdu de la masse musculaire, de la densité osseuse… Nous allons observer maintenant comment son corps va récupérer de son voyage. » Le directeur adjoint du Cadmos a regardé le programme de l’astronaute prévue pour juin. « Ses journées seront presque aussi chargées qu’à bord de l’ISS. »