Naturel ou artificiel: quel sapin respecte le mieux l'environnement?

SCIENCE Pour répondre à la question que se posent les amateurs de sapins...

Brendan I. Koerner. Traduction 20minutes
— 
A un mois de Noël, les producteurs de sapin sont optimistes, la demande s'annonçant bonne cette année malgré une hausse significative du prix du nordmann, un arbre ne perdant pas ses aiguilles dont le Danemark est le premier exportateur européen.
A un mois de Noël, les producteurs de sapin sont optimistes, la demande s'annonçant bonne cette année malgré une hausse significative du prix du nordmann, un arbre ne perdant pas ses aiguilles dont le Danemark est le premier exportateur européen. — Mychele Daniau AFP/Archives
Pas facile de trouver des chiffres pour résoudre ce dilemme,

tant l’information publique est biaisée, en faveur des arbres naturels. En Amérique, les cultivateurs de sapins de Noël ont un redoutable lobby, qui a passé les dernières années à diaboliser le concurrent artificiel. Jetez un oeil par exemple à ce questions/réponses hilarant d’alarmisme rédigé par la National Christmas Tree Association (Association nationale des sapins de Noël). Il descend carrément les faux sapins et les faux pins, en les décrivant comme des objets très facilement inflammables, infestés de parasites et fabriqués à partir de brosses de toilettes. (Selon le San Francisco Chronicle, la NCTA est passée à l’attaque en 2004 suite à un déclin des ventes.)

L’industrie des sapins naturels en fait effectivement beaucoup quand il s’agit des arbres artificiels, mais elle a au moins vu juste à propos d’un point. Les aiguilles des faux sapins sont souvent faites de chlorure de polyvinyle, le PVC – le pire ennemi des écolos. Comme nous l’avons expliqué il y a deux semaines, le PVC est largement reconnu comme une source majeure de dioxines. Et pour couronner le tout, le PVC bon marché est parfois stabilisé avec du plomb, il peut donc dégager de la poussière nocive quand le sapin artificiel vieillit.

Ces inquiétudes grandissantes à propos du PVC ont conduit les fabricants de faux sapins à proposer des aiguilles en polyéthylène. Selon un gros fabricant, 20% des sapins de Noël artificiels sont désormais en polyéthylène plutôt qu’en PVC. Mais ne vous laissez pas embobiner par ces sapins artificiels soi-disant respectueux de l’environnement : la plupart d’entre eux contiennent toujours des aiguilles intérieures en PVC, pour leur donner belle allure.

Comme vous l’avez remarqué, le principal argument de vente écolo des sapins artificiels, c’est le fait de pouvoir les réutiliser. On ne dépense qu’une seule fois de l’énergie pour transporter ce produit. Mais combien de carburant un sapin artificiel permet-il vraiment d’économiser ? Pour le savoir, nous avons calculé le carburant utilisé pour transporter les deux sortes d’arbres vers un patelin du milieu du pays: Lebanon (Kansas), qui se revendique centre géographique des Etats-Unis.

Une grande majorité des sapins artificiels
– au moins 85% – vient d’Asie. Nous allons donc baser notre estimation sur un voyage de Shanghai à Long-Beach, en Californie, à bord d’un bateau porte-conteneurs. Un gros bateau capable de transporter 2.125 containers de 12 mètres consomme environ 1.000 tonnes de carburant au cours d’un voyage de deux semaines sur l’Océan Pacifique. Supposons qu’il n’y ait dans ce bateau qu’un seul container de sapins artificiels, et donc que la part de carburant dépensée pour les arbres est d’environ 470 kilos. Sur la dernière étape du parcours, de Long Beach à Lebanon, le cargo de Noël voyage sur un camion qui consomme environ 3,8 litres tous les 10 kilomètres. Sur cette route de 1.900 kilomètres, le camion va consommer à peu près 730 litres de carburant, environ 525 kilos. Trajet total de Shanghai au nord du Kansas: 995 kilos de carburant.

Comparons maintenant ce résultat avec le carburant utilisé pour 15 ans de sapins naturels. (Nous ne sommes toutefois pas sûrs qu’un sapin artificiel, surtout bon marché, puisse tenir aussi longtemps, mais passons.) Pour consommer 995 kilos de carburant, vos arbres naturels devraient parcourir en moyenne un trajet fournisseur-détaillant de 235 kilomètres, en supposant qu’ils soient transportés sur les mêmes camions que mentionnés ci-dessus. Et même si la NCTA aime souligner que les sapins sont cultivés dans les 50 Etats – même en Floride – il y a fort à parier que les sapins vendus à côté de chez vous aient en fait voyagé plus que ça.

Nous nous rangeons pourtant du côté des sapins naturels:
ceux en PVC présentent trop de risques pour la santé. Et puis il y a aussi la question des déchets. Facile de mettre sur pied un programme local pour transformer votre sapin naturel en paillis, mais même le plus costaud des arbres en plastique est voué à finir dans un site d’enfouissement des déchets, où il va rester intact pendant des lustres. Et en ce qui concerne l’intérêt du faux sapin en matière de transport, vous pouvez minimiser cela en vous comportant comme un consommateur informé et en essayant d’achetez le plus localement possible. Ne vous inquiétez pas non plus pour la déforestation: 98% des arbres américains sont cultivés, et pour chaque arbre coupé, 3 nouveaux sont généralement plantés.

Faire pousser des sapins de Noël
n’est toutefois pas forcément la façon la plus efficace d’utiliser la terre, nous en sommes bien conscients. En plus, cette culture requiert beaucoup de pesticides. On peut aussi blêmir à l’idée de tuer une chose vivante dans le seul but de vous permettre de respirer quelques semaines durant la bonne odeur du pin. Dans ce cas, oubliez cette culpabilité en achetant un sapin avec des racine : vous pourrez le replanter après les fêtes. Assurez-vous seulement de ne pas le garder à l’intérieur plus d’une semaine, sinon il pourrait s’habituer à votre salon et ne plus pouvoir survivre dehors.

Il y a aussi quelques villes,
comme San Francisco, qui proposent des locations d’arbres: ils vous apportent un arbre et le reprennent après les fêtes pour le planter là où l’on manque de vert. Astucieux comme idée, mais elle ne séduit pas les puristes: les arbres proposés ne ressemblent pas à ceux que nous connaissons, ce sont plutôt de très jeunes magnolias du sud et tristanias à petites feuilles. Ils ne sont sûrement pas en mesure de supporter ces énormes figurines des Rois mages que vous avez héritées de votre grand-mère.

Posté le mardi 18 décembre sur Slate.com