SpaceX, Blue Origin, Google: Quand les entreprises veulent décrocher la Lune

ESPACE Le satellite naturel de la Terre fait de nouveau l’objet de convoitises…

Nicolas Raffin

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Une photo de la surface de la Lune, prise par un robot chinois en 2013.
Une photo de la surface de la Lune, prise par un robot chinois en 2013. — CNSA, agence spatiale chinoise

Depuis 1972, aucun homme n’a posé le pied sur la Lune. Mais d’ici quelques années, l’astre lunaire pourrait de nouveau voir passer des astronautes. Les récentes annonces de SpaceX et de Jeff Bezos, le patron d’Amazon ont ravivé un vieux rêve. Concernant SpaceX, la société d’Elon Musk ambitionne d’emmener deux « touristes de l’espace » faire un voyage autour de la Lune dès 2018. Un projet jugé techniquement réalisable.

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Le deuxième projet, celui de Jeff Bezos, a été dévoilé par le Washington Post la semaine dernière. Via sa société Blue Origin, le PDG d’Amazon propose à la Nasa de développer une sorte de vaisseau-cargo pour emporter du matériel depuis la Terre et le déposer sur la Lune. Une sorte de livreur de l’espace, avec l’ambition affichée de créer, à terme, une base implantée sur le sol lunaire avec une présence humaine.

Intérêt commercial

Ces annonces n’arrivent pas par hasard. Pendant la campagne électorale aux Etats-Unis, Donald Trump avait montré un intérêt certain pour un nouveau programme spatial américain. Les différentes annonces des entreprises sont donc une manière de se positionner vis-à-vis de la nouvelle administration… et d’obtenir des fonds.

« Elon Musk et Jeff Bezos comptent bien se faire payer par de l’argent public », remarque Francis Rocard, responsable des programmes d’exploration du système solaire au Cnes. « Elon Musk a déjà récupéré des fonds de la Nasa pour la desserte de l’ISS ( la station spatiale internationale), ce qui lui permet de développer ses autres programmes » ajoute le spécialiste.

Vers un village lunaire ?

Pour Bernard Foing, directeur du groupe international d’exploration lunaire de l’ESA (l’Agence européenne de l’espace), les programmes annoncés par les deux entrepreneurs « sont complémentaires et donnent un coup de fouet à tous les autres programmes. Ils peuvent même se placer comme complément stimulant ou comme alternative aux programmes gouvernementaux. »

Ainsi, le programme de « vaisseau-cargo » de Jeff Bezos pourrait rentrer dans le cadre du « village lunaire », un projet de coopération internationale porté par l’ESA. Celui-ci prévoit d’installer un « village robotique » sur la Lune, qui servirait de base aux rovers chargés d’explorer la surface.

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En 2013, les Chinois ont d’ailleurs déposé le leur. Le Google Lunar X Prize, qui met quatre missions commerciales en compétition, devrait aussi permettre de déployer plus de rovers. Le projet du patron d’Amazon n’est donc pas si incroyable : « Alunir un cargo, c’est avoir une fusée qui descend, explique Bernard Foing : comme la Lune ne possède pas d’atmosphère, il faut contrôler la vitesse de descente. Or, il y a une très forte similarité avec ce que SpaceX et Blue Origin ont développé pour récupérer leurs lanceurs ».

Le rêve… et la réalité

Une fois ce village robotique installé, l’ESA vise l’installation d’une base humaine à l’horizon 2030. Cela permettrait entre autres « de développer la science de la Lune, d’utiliser sa face cachée non-polluée par les ondes terrestres pour installer des radiotélescopes, ou encore d’apprendre à survivre hors de la Terre » assure Bernard Foing.

Si le projet peut faire rêver, il y a encore de nombreux obstacles à franchir. « SpaceX et BlueOrigin sont des transporteurs, rappelle Francis Rocard : ils ne s’intéressent qu’à la fusée, mais ce n’est qu’une partie du problème ». Par exemple, la présence d’eau sur la Lune est attestée et pourrait faciliter une présence humaine, mais son extraction n’a jamais été tentée et pourrait s’avérer très complexe. Pour décrocher la Lune, il ne suffira pas d’avoir la tête dans les étoiles.