Homme de Néandertal: Des bourgeons de peuplier en guise «d'aspirine» ?

ETUDE Une bonne connaissance des plantes médicinales et de leurs propriétés aurait fait de ces individus des «champions de l’automédication»… 

20 Minutes avec agences

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Représentation d'un homme de Néandertal au Musée national de la préshistoire de Les Eyzies-de-Tayac-Sireuil, le 2 juillet 2008.
Représentation d'un homme de Néandertal au Musée national de la préshistoire de Les Eyzies-de-Tayac-Sireuil, le 2 juillet 2008. — PIERRE ANDRIEU / AFP

« Apparemment, les hommes de Néandertal connaissaient bien les plantes médicinales, leurs propriétés anti-inflammatoires et anti-douleur et semblent s’être automédiqués. » Tel est le constat formulé par Alan Cooper, directeur du Centre Australien pour l’ADN ancien (ACAD) de l’Université d’Adélaïde, au terme d’une étude réalisée par une équipe internationale de chercheurs et publiée ce mercredi dans la revue Nature.

Pour parvenir à cette conclusion, les scientifiques ont étudié le tartre dentaire de quatre fossiles d’hommes de Néandertal. Vieux de 42.000 à 50.000 ans, ils ont été retrouvés dans la grotte de Spy (Belgique) et sur le site d’El Sidron (Espagne).

La plaque dentaire, un véritable « attrape-tout »

En effet, la plaque dentaire constitue un véritable « attrape-tout » et « l’analyse génétique de l’ADN » qui y est enfermé « représente une fenêtre unique sur le mode de vie » des individus, souligne Laura Weyrich, de l’Université d’Adélaïde (Australie) et principal auteur de l’étude.

Bilan de l’expérience : chez un jeune adulte néandertalien trouvé à El Sidron, l’analyse du tartre dentaire a tout d’abord révélé que l’homme souffrait d’un abcès dentaire et était affecté par un parasite intestinal.

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Des bourgeons de peuplier anti-inflammatoires 

En outre, cet individu malade mangeait du peuplier, dont les bourgeons sont « réputés pour contenir des concentrations élevées d’anti-inflammatoires ou antalgiques, comme notamment la salicine », métabolisée en acide salicylique (aspirine) par notre foie, a expliqué à l’AFP Bastien Llamas, co-auteur de l’étude.

Les scientifiques ont également identifié dans le tartre l’ADN de la moisissure Penicillium, qui produit naturellement l’antibiotique appelé pénicilline.

Des régimes alimentaires diversifiés selon les régions

Pour rappel, ces résultats corroborent ceux d’une étude parue en 2012 dans la revue Naturwissenschaften qui évoquait la possibilité que l’homme de Néandertal se soit servi de plantes médicinales comme la camomille ou la millefeuille pour se soigner.

L’étude publiée dans Nature illustre également la diversité des régimes alimentaires de l’homme de Néandertal suivant la région où il vivait et le type de nourriture disponible.

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Ainsi, il semble « que la population belge était chasseuse et cueilleuse », se nourrissant de rhinocéros laineux, de mouflons et de champignons, tandis que « la population espagnole était juste cueilleuse », composant son régime de « champignons, de pignons et pin et de mousses », soulignent Laura Weyrich et Bastien Llamas.