Découverte de sept exoplanètes: «Même si elles étaient habitables, la colonisation de ces planètes n'est pas possible»

ESPACE Stéphane Mazevet, directeur du Laboratoire Univers et Théories de l'Observatoire de Paris, revient pour «20 Minutes» sur cette découverte...

Propos recueillis par Anissa Boumediene

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Le système autour de l'étoile Trappist-1 comprend sept planètes similaires à la Terre.
Le système autour de l'étoile Trappist-1 comprend sept planètes similaires à la Terre. — NASA/JPL-Caltech

Et si nous n’étions pas seuls dans l’univers ? Pendant que le monde se divise en deux catégories – ceux qui croient en une vie extraterrestre et les sceptiques qui pensent que nous sommes seuls —, des astronomes ont découvert autour d’une étoile naine un système de sept exoplanètes semblables à la Terre, Trappist-1, révèle une étude publiée mercredi dans la revue Nature. Stéphane Mazevet, directeur du Laboratoire Univers et Théories de l’Observatoire de Paris, analyse pour 20 Minutes la teneur de cette incroyable découverte.

Ce n’est pas la première fois que l’on découvre des exoplanètes, quelle est la particularité de cette découverte ?

Ce qui est particulièrement notable ici, c’est que les sept planètes de ce mini-système solaire, qui tournent autour d’une étoile rouge environ dix fois plus petite que notre soleil, sont toutes rocheuses, de type tellurique, comme la Terre. D’ailleurs elles ont toutes les sept une taille équivalente à la Terre. Et trois d’entre elles se trouvent dans la zone habitable du système, c’est-à-dire que la distance entre l’étoile et la planète permet à cette dernière d’abriter de l’eau à l’état liquide à sa surface, préambule à toute forme de vie.

Sur les presque 3.500 exoplanètes découvertes à ce jour, c’est la première fois que l’on en trouve autant dans un même système solaire.

Comment les astronomes ont-ils découvert ce mini-système solaire ?

On ne découvre pas ce type de systèmes solaires avec des modes de détection directe, mais en observant longuement l’astre autour duquel tournent les planètes, grâce au télescope Spitzer. En passant devant l’étoile, les planètes l’obscurcissent légèrement. C’est comme cela que les astronomes ont d’abord découvert trois des sept planètes fin 2015. Puis, en affinant leurs calculs, ils ont pu voir les sept planètes. Mais peut-être qu’en observant cet astre pendant dix ou vingt ans, ils découvriront que des planètes géantes et beaucoup plus lointaines de l’astre, avec une orbite beaucoup plus long, font également partie de Trappist-1.

Une vie est-elle possible sur ces planètes ? Qu’est-ce qui détermine l’habitabilité d’une planète ?

Zone habitable et habitabilité effective sont deux notions très différentes. C’est un grand sujet de recherches : la notion d’habitabilité d’une planète est très complexe et fait l’objet de nombreux débats. Il faut réunir de nombreux critères, sur lesquels tout le monde n’est pas accordé, mais il faut a minima que la planète soit tellurique, qu’elle soit réchauffée par un astre solaire stable, qu’elle ait de l’eau à l’état liquide à sa surface, de l’oxygène et beaucoup d’autres facteurs qui doivent tous être stables dans le temps.

Si l’on découvrait que ces planètes étaient habitables, pourrait-on les coloniser ou cela relève-t-il de la science-fiction ?

Trappist-1 se trouve à une quarantaine de millions d’années-lumière de notre système solaire, c’est un voisin galactique, mais cette distance signifie qu’il faut quarante ans pour que la lumière de son étoile nous parvienne. A titre de comparaison, la lumière de notre soleil met huit minutes à nous parvenir. Et les sondes Pioneer, lancées au début des années 1970, viennent seulement d’atteindre les limites de notre système solaire. C’est déjà très loin, et en même temps elles ne sont qu’à quelques heures lumière de la Terre. Donc quand bien même l’une des exoplanètes découvertes serait habitable, il y a un problème d’échelle et de technologie. Dans ces conditions, aucune colonisation n’est possible.