Des anthropologues apportent la preuve que l'homme de Néandertal était cannibale

ARCHEOLOGIE L'analyse plus poussée d'ossements trouvés au XIXe siècle dans une grotte de Belgique a démontré «que certains Néandertaliens sont morts et ont été mangés ici»…

20 Minutes avec agences

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Représentation d'un homme de Néandertal au Musée national de la préshistoire de Les Eyzies-de-Tayac-Sireuil, le 2 juillet 2008.
Représentation d'un homme de Néandertal au Musée national de la préshistoire de Les Eyzies-de-Tayac-Sireuil, le 2 juillet 2008. — PIERRE ANDRIEU / AFP

Si la disparition de l’homme de Néandertal il y a environ 40.000 ans reste encore un mystère, des anthropologues viennent de lever le voile sur son régime alimentaire. Celui qui a laissé sa place à Cro-Magnon, notre ancêtre direct, ne se contentait pas de chevaux ou de rennes pour ses repas, il pratiquait aussi le cannibalisme.

« C’est irréfutable, ici aussi on pratiquait le cannibalisme »

Une étude réalisée à partir d’ossements trouvés dans les grottes de Goyet aux portes de l’Ardenne belge (sud) au 19e siècle en apporte la confirmation. « C’est irréfutable, ici aussi on pratiquait le cannibalisme », confirme l’archéologue belge Christian Casseyas. Des cas de cannibalisme étaient déjà avérés, mais il s’agissait de populations établies dans le sud de l’Europe, en Espagne (El Sidrón et Zafarraya) et en France (Moula-Guercy et Les Pradelles).

En réexaminant des ossements trouvés par Edouard Dupont (1841-1911), l’un des précurseurs de la paléontologie, les scientifiques ont pu s’apercevoir que le régime des Néandertaliens étaient plus variés qu’on ne le pensait. Ces ossements dormaient dans les réserves du Musée royal d’Histoire naturelle de Belgique (devenu l’Institut des Sciences naturelles de Bruxelles).

Des traces de découpe « pour enlever la chair »

En 2004, à la faveur d’un dépoussiérage, Patrick Semal, qui dirige la section Anthropologie de l’Institut tombe sur un bout de mâchoire appartenant visiblement à un homme de Néandertal. Alors qu’Edouard Dupont pensait avoir trouver des ossements d’animaux, les scientifiques déterminent qu’il s’agit de vestiges humains. Il faudra encore quelques années pour examiner le reste de la collection et construire le puzzle.

A la tête d’une équipe internationale, l’anthropologue française Hélène Rougier, de la California State University Northridge (Etats-Unis), en reconstituant des os à partir de fragments épars, a réussi à prouver qu’à Goyet, l’homme de Néandertal était anthropophage. Plusieurs os humains, issus de six individus (un nouveau-né, un enfant et quatre adultes ou adolescents), montrent en effet des traces de découpe, « pour les désarticuler et en enlever la chair », relève Christian Casseyas.

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Les Néandertaliens ont « cassé ces os de la même manière qu’ils cassaient ceux des rennes et des chevaux qu’on a trouvé à l’entrée de la grotte, certainement pour en extraire la moelle », ajoute l’archéologue, qui guide avec passion les touristes de passage à Goyet. La grotte, située à une quinzaine de kilomètres de Namur, est ouverte au public.

« Purement alimentaire » ou « symbolique »

« On peut conclure que certains Néandertaliens sont morts et ont été mangés ici », ce qui constitue une première en Europe du Nord, a confirmé Hélène Rougier, dont les travaux sur la grotte belge ont été publiés en juillet par Scientific Reports.

Les raisons de ce cannibalisme et l’ampleur du phénomène restent toutefois encore mystérieux. « Etait-ce systématique ? Est-ce que ça n’a été qu’à certains moments particuliers ? », s’interroge la scientifique. Difficile également d’interpréter « la raison qui a poussé Néandertal à pratiquer ce cannibalisme ». Ce pouvait être « purement alimentaire » ou « symbolique ». Les hypothèses demeurent.