Du climat et des guerres

Yaroslav Pigenet

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Les dirigeants des pays développés doivent tenir compte d'une opinion publique de plus en plus informée et inquiète du changement climatique, hier encore sujet de débat au sein d'un cercle limité de spécialistes.
Les dirigeants des pays développés doivent tenir compte d'une opinion publique de plus en plus informée et inquiète du changement climatique, hier encore sujet de débat au sein d'un cercle limité de spécialistes. — William West AFP/Archives

Si l’histoire se répète, le réchauffement brutal annoncé par le Giec pourrait avoir des effets aussi désastreux pour la paix dans le monde que pour les écosystèmes naturels. C’est en tous cas ce que suggère une étude ethno-historique internationale publiée cette semaine dans la revue scientifique Proceedings of the National Academy of Sciences.

4.500 conflits analysés

David Zhang, un paleoclimatologue de l’Université de Hong Kong, et Peter Brecke, un professeur en science politique du Georgia Institute of Technology d’Atlanta (Etats-Unis) ont collectés les données historiques et climatiques liées à plus de 4.500 conflits ayant eu lieu dans le monde entre les années 1400 et 1900. En analysant ces données, les chercheurs ont pu élaborer et valider un modèle «socio-climatique» simplifié décrivant les liens entre changement climatique, fréquence des conflits et variations de population.

Quand le froid sème la guerre

Les données empiriques ont notamment permis de vérifier, au cours des 600 dernières années, les siècles les plus froids étaient ceux pendant lesquels avaient éclaté le plus de guerre, et que ces conflits suivaient généralement des mauvaises récoltes et précédaient d’importantes chutes de population. Des résultats qui confirment ceux déjà présentés par Zhang dans une précédente étude consacrée à la Chine. Il avait montré que les périodes de troubles politiques (guerres et changements dynastiques) se sont systématiquement déroulées durant des refroidissements.

Déviations fatales

Mais cela ne veut pas dire que le réchauffement annoncé est une bonne nouvelle. Peter Brecke précise ainsi à 20 Minutes «ce que notre modèle nous prédit, c’est que toute variation en dehors d’une bande optimale de température affecte les récoltes». Durant les 600 dernières années, notamment pendant le petit age glaciaire, ce sont les déviations froides qui ont le plus affecté les récoltes. Mais le chercheur pense que les épisodes anormalement chauds à venir auront des conséquences similaires aux coup de froids du passé.

«Même si nos sociétés modernes ont probablement une plus grande résilience au changement climatique, à mon avis, nous ne devrions pas trop compter là-dessus, nous confie Brecke. Les nombreux défis auxquels ils seront confrontés pourrait affecter la capacité des états et des institutions modernes à faire face à un déclin des récolte ». Le chercheur en conclut qu’en cas d’accélération du réchauffement, «une situation de pénurie alimentaire et de recrudescence des conflits violents n’est pas à exclure».