Avec Ariane 6, l’Europe sur la rampe de lancement pour concurrencer Space X

ESPACE L’Agence spatiale européenne a donné son aval définitif au programme Ariane 6, sa nouvelle fusée adaptée pour contrer la concurrence…

Beatrice Colin

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Le futur lanceur européen Ariane 6 devrait être opérationnel en 2020.
Le futur lanceur européen Ariane 6 devrait être opérationnel en 2020. — Airbus Safran Launchers Holding

Deux ans après avoir décidé de se doter d’un nouveau lanceur, jeudi 3 novembre, le conseil de l’Agence spatiale européenne a confirmé définitivement le programme Ariane 6.

Et son comité industriel, réunit ce mercredi, l'a confirmé.

A partir de 2020, ce nouveau lanceur devrait prendre progressivement la succession d’Ariane 5, devenu trop cher face à la concurrence, notamment de SpaceX du milliardaire Elon Musk.

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Car malgré l’explosion de son lanceur Falcon 9 il y a deux mois sur son pas de tir de Cap Canaveral, l’entreprise américaine compte reprendre ses missions dès le mois de décembre. Et elle peut compter sur un carnet de commandes bien garni puisqu’il affiche 70 missions, soit 10 milliards de dollars, dont une grande partie en provenance de la NASA et de l’armée américaine.

Marché des satellites de communication

Comme Airbus Safran Launchers (ASL), maître d’œuvre d’Ariane 6, pourra compter sur les commandes de l’Agence spatiale européenne pour qui il est primordial de conserver son indépendance grâce à un lanceur « maison ».

Au-delà des marchés nationaux, pour les entreprises du secteur l’objectif est de partir à la conquête du marché des satellites de télécommunication.

Affichant des « prix d’appel » de 50 millions d’euros, deux fois moins cher qu’Ariane 5, l’arrivée de Space X a modifié la donne ces dernières années. « Ariane 5 est plus chère, mais les clients paient aussi l’expérience car 74 lancements d’affilée ont été réussis. Avec Ariane 6, le but des Européens est de diviser les coûts par deux », explique Olivier Sanguy, rédacteur en chef du site d’actualités spatiales de la Cité de l’espace.

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Le nouveau programme va en effet bénéficier des avancées techniques et de production, qui ont évolué depuis 30 ans et le lancement d’Ariane 5. Mais aussi de l’investissement direct des industriels présents dans ASL.

Ariane 6 sera aussi décliné en deux versions, plus « adaptées au marché ». La fusée A62 pourra embraquer jusqu’à 5 tonnes et l’A64 jusqu’à 10,5 tonnes. Ce nouveau lanceur « low cost » ne sera pas le seul à débarquer dans les prochaines années sur les pas de tirs.

Plusieurs autres projets concurrents

Les Chinois sont aussi dans les starting-blocks. Leur fusée Longue Marche 5 (CZ-5), équivalent à Ariane 5, vient ainsi de passer avec succès son premier décollage. Il y a aussi les Russes, l’Inde.

Mais tous les regards sont tournés vers les Etats-Unis. « SpaceX c’est un peu l’arbre qui cache la forêt. Jeff Bezos, le fondateur d’Amazon, a déjà mis au point un lanceur pour des vols sub-orbitaux et annoncé sa volonté de construire une fusée pour lancer des satellites d’ici quelques années. United Launch Alliance (ULA), dont Boeing est co-actionnaire, travaille essentiellement pour l’armée américaine. Mais avec son nouveau lanceur Vulcan, dont le premier vol est prévu pour 2019, la société américaine est en train de sortir de son marché traditionnel pour être en phase avec la concurrence », poursuit Olivier Sanguy.

Les Européens étaient donc forcés de réagir. Présents avec le lanceur Vega sur le marché des petits satellites, avec l’arrivée d’Ariane 6 ils offrent plus d’options possibles à leurs clients. Et sur le marché des satellites de télécommunication, ces derniers aiment bien avoir le choix entre deux ou trois prestataires pour leur lancement.