Fin de mission pour Rosetta: «J’ai eu la gorge serrée lorsque le signal s’est arrêté»

REPORTAGE Vendredi, la Cité des Sciences invitait le grand public à assister aux derniers instants de la sonde Rosetta, qui s’est posée sur la comète Tchouri…

Oihana Gabriel
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Les ingénieurs de l'Esa à Darmstadt lors de la descente de la sonde Rosetta sur la comète Tchouri vendredi 30 septembre 2016, des images retransmises à la Cité des Sciences à Paris.
Les ingénieurs de l'Esa à Darmstadt lors de la descente de la sonde Rosetta sur la comète Tchouri vendredi 30 septembre 2016, des images retransmises à la Cité des Sciences à Paris. — AFP

« La communication marche mieux entre la Terre et qu’entre Paris et Darmstadt », ironise Gilles Dawidowicz, planétologue. Vendredi midi, scientifiques, ingénieurs, astrophysiciens et simples amateurs se sont réunis à la Cité de la Sciences pour suivre minute par minute la fin de mission de la sonde Rosetta. Après quelques problèmes techniques pour joindre l’  (ESA) située à Darmstard, interviews de spécialistes et images de la comète Tchouri viennent mettre un point final à l’aventure.

Après douze ans de voyage dans l’espace et deux d’étude intensive de la comète Tchouri,  Sans espoir de la réactiver un jour. La sonde n’avait plus assez d’énergie solaire pour poursuivre sa mission d’étude de la fameuse comète. « Au départ, la mission était prévue jusqu’à 2015, elle a été prolongée », précise Philippe Kletzkine de l’Agence Spatiale Européenne (ESA).



« C’est la fin d’une fantastique aventure collective »

Pendant vingt heures, la sonde a « acométi », prenant une centaine d’images de la comète retransmises à l’ESA, un véritable trésor d’informations.



Dans les bureaux de l’ESA, le signal vert affichant l’activité de Rosetta se rapproche de l’encéphalogramme plat. Fin de mission : 13 h 19 précises, soit une minute seulement après l’heure annoncée. « C’est un véritable exploit cette précision », relève Jean-Loup Bertaux, chercheur au CNRS. Mais en réalité, elle a heurté la comète environ 40 minutes avant, le temps que les images atteignent les bureaux de l’ESA. Si tous les spécialistes qui ont travaillé plus ou moins longtemps sur cette mission ont souligné leur émotion, l’ambiance n’avait rien à voir avec le réveil de cette sonde.



En effet, en janvier 2014, après 31 mois de mise en sommeil, les ingénieurs de l’ESA avaient réactivité Rosetta. « En janvier 2014, les gens étaient morts d’angoisse parce que le réveil de la sonde Rosetta a eu 45 minutes de retard ! raconte, astrophysicienne à l’Observatoire de Paris. Quand on a posé Philae sur la comète, c’était un exploit et on n’était pas sûr que le robot n’allait pas rebondir dans l’espace. Mais cette fois il n’y avait pas de suspense, on connaissait la fin. J’ai quand même eu la gorge serrée lorsque le signal s’est arrêté. Car c’est la fin d’une fantastique aventure collective qui réunit des ingénieurs, scientifiques, astrophysiciens… »

« La science, ce n’est pas figé »

Et qui a ému le grand public. « C’est la première fois qu’une mission spatiale mobilise à ce point médias et le public, reprend l’astrophysicienne. Les comètes, c’est facile pour faire rêver les gens. » Et en effet, à la sortie de la salle remplie de curieux, chacun saluait l’exploit. « C’est un symbole fort, d’abord parce qu’il est européen, mais aussi par rapport aux avancées scientifiques, avance Félix, 35 ans. Moi j’ai suivi la mission Rosetta depuis le début et j’avais envie de vivre cette fin avec ceux qui y ont participé. Pour les remercier en quelque sorte. Mais c’est vrai que j’ai été étonné par l’absence d’émotion… » Leslie, 41 ans, elle, a trouvé que les images en 3D de la comète dévoilées à la fin de la séance très prenantes. « C’est quand même un peu triste, mais c’était une belle mission. Et les données envoyées par la sonde confirment que les comètes sont à l’origine de la vie sur Terre », s’enthousiasme cette astronome amatrice. « Ce qui m’impressionne, c’est de voir comment les scientifiques se posent de nouvelles questions grâce à ces informations. La science, ce n’est pas figé. »

Une mine d’informations

En effet, tous les scientifiques réunis pour l’événement le répètent : si Rosetta et Philae ont désormais fini leur mission, le travail d’analyse de toutes les informations transmises ne fait que commencer. « Seulement 10 % des données récoltées ont été défrichées », complète Nicolas Fray, maître de conférences au LISA. « Les chercheurs vont avoir besoin de plus de dix ans ! assure Thérèse Encrenaz. Il y a trente ans, j’ai travaillé sur la comète de Halley, nous avons analysé une heure de données pendant dix ans. Alors vous imaginez deux ans d’informations transmises par dix instruments par la sonde Rosetta ! »