Colonisation de Mars: Le projet de Space X est-il réalisable?

ESPACE Le milliardaire Elon Musk a dévoilé les détails de son projet de colonisation de la planète rouge...

Anissa Boumediene

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Le milliardaire Elon Musk, fondateur de SpaceX, propose un plan ambitieux pour établir une colonie sur Mars.
Le milliardaire Elon Musk, fondateur de SpaceX, propose un plan ambitieux pour établir une colonie sur Mars. — SpaceX

C’est l’homme qui veut démocratiser l’espace. Le milliardaire Elon Musk, fondateur de la société SpaceX, a présenté ce mardi son projet de colonisation de la planète rouge, à l’occasion du 67e Congrès international de l’astronautique au Mexique. Un plan ambitieux pour établir une « ville » sur Mars, en envoyant des humains à bord de grands vaisseaux spatiaux, pour un billet à 100.000 dollars par personne. Comment ? En utilisant des fusées réutilisables ou encore en installant sur Mars une usine pour fabriquer du carburant, et assurer ainsi son billet retour. Déterminé, Elon Musk souhaite lancer une première mission habitée dès 2024. Mais dans le détail, ce projet pharaonique de coloniser la planète Mars est-il réalisable ou relève-t-il de la science-fiction (SF) ? 20 Minutes fait le point.

Assurer le transport interplanétaire via des fusées réutilisables. Première étape du voyage : assurer le transport interplanétaire au moyen de fusées réutilisables, afin notamment de réduire les coûts de cette odyssée de l’espace. En pratique, « c’est le point du projet le moins demandeur en développement technologique : Elon Musk en a démontré le principe, la réutilisabilité des lanceurs est d’ailleurs l’axe central de son entreprise, explique Richard Heidmann, ingénieur et fondateur de l’ association Planète Mars, qui a assisté mardi soir à la présentation du projet. Ne reste plus qu’à développer l’outillage nécessaire pour y parvenir ».

Disposer de réservoirs de carburant en orbite. Pour parcourir les 225 millions de kilomètres qui séparent la Terre de la planète rouge, il faudra au vaisseau une sacrée quantité de carburant. « Cela représente 90 à 95 % du poids total d’une fusée », indique Mathieu Beylard, médiateur scientifique au musée de l’Air et de l’Espace. Selon les détails dévoilés par Elon Musk, le vaisseau spatial sera mis en orbite par une fusée, qui retournera sur Terre pour chercher un réservoir de carburant et permettra ainsi au vaisseau de rejoindre la planète Mars.

« C’est tout à fait réalisable, estime Mathieu Beylard, d’autant plus que ce type derendez-vous orbitaux existent déjà, on sait le faire. »

Proposer un billet pour Mars à 100.000 dollars par personne. L’entrepreneur milliardaire a indiqué que son plan d’établissement d’une colonie sur Mars nécessite un « immense partenariat public-privé », sans toutefois annoncer d’alliance avec des agences spatiales gouvernementales. Le premier vol sera cher mais l’objectif est de « faire que cela soit abordable à presque tous ceux qui veulent y aller », en fixant le prix du ticket à 100.000 dollars, a annoncé Elon Musk. Sauf que « 100.000 dollars, c’est le prix d’un vol suborbital proposé par Virgin, et là on ne parle que d’un vol de quelques minutes, pas d’un ticket pour Mars », souligne Mathieu Beylard. Un tarif auquel Richard Heidmann « ne croi [t] pas une seconde. Notre étude sur le modèle économique de la colonie sur Mars vise plutôt un prix avoisinant le million de dollars par personne. »

Construire des vaisseaux capables de transporter chacun 100 personnes. Dans ce vaste projet de colonisation de Mars, il est prévu que chaque vaisseau transporte une centaine de personnes. Confiant, l’entrepreneur table sur une première mission habitée à l’horizon 2024. Mais en pratique, les chiffres avancés semblent assez difficiles à atteindre. « Il n’y aura certainement pas 100 personnes embarquées dans cette première mission, mais probablement 10 ou 15 tout au plus », prédit Richard Heidmann. « C’est de la science-fiction : à ce jour il n’y a jamais eu plus de sept personnes dans une navette spatiale, renchérit Mathieu Beylard. Et s’agissant de Mars, on est capable aujourd’hui d’y poser une masse d’une tonne : le robot Curiosity, soit l’équivalent d’une Twingo. Pour poser un vaisseau transportant une centaine de personnes, avec les vivres, équipements et ressources nécessaires, cela requiert des vaisseaux d’une puissance incomparable à ce qui a été déployé jusque-là, et des moyens financiers colossaux. » La question du financement du projet est « assez nébuleuse, confirme Richard Heidmann. Mais le projet suscite un tel engouement qu’Elon Musk espère bien attirer de nombreux investisseurs. »

Installer sur Mars une usine capable de fabriquer du carburant. Une fois sur Mars, les voyageurs de l’espace devront y construire une usine produisant du carburant à partir des ressources en méthane de la planète rouge, ce qui permettra au vaisseau d’assurer son billet retour sur Terre. « A la manière de ce que l’on a vu dans le film Seul sur Mars, l’idée est d’envoyer sur la planète rouge tout l’équipement nécessaire pour être capable de fabriquer du carburant avec des matériaux martiens. Ce point du projet est l’un des plus compliqués, voire illusoires », juge Mathieu Beylard. D’ailleurs « Elon Musk n’a rien dit sur la phase de retour », note Richard Heidmann.

Mais « l’objet d’une mission d’une telle envergure est aussi de relancer la conquête spatiale, et le fait qu’une entreprise privée se lance dans cette aventure avec des objectifs concrets à atteindre dans des délais aussi courts va forcément pousser les agences spatiales gouvernementales, Nasa en tête, à se booster un peu », assurent de concert Mathieu Belard et Richard Heidmann.

D’ici là, des milliers de personnes seraient prêtes à signer un chèque de 100.000 dollars pour partir à la conquête de l’espace.