Une expédition humaine vers Mars serait-elle possible?

ESPACE «20 Minutes» a interrogé un spécialiste de la planète rouge...

Thibaut Le Gal

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Seul sur Mars
Seul sur Mars — 2015 Twentieth Century Fox

Après un an sur Mars (ou presque), les voilà de retour sur Terre. Six volontaires, sélectionnés par la Nasa, ont terminé dimanche leur mission d’isolement dans un dôme fermé sur les pentes d’un volcan à Hawaï, dans des conditions « martiennes ».

« Une mission sur mars est réaliste dans un futur proche. Les problèmes techniques et psychologiques peuvent être surmontés », s’est enthousiasmé l’exobiologiste français Cyprien Verseux à son retour. A cette occasion, 20 Minutes a interrogé François Forget, directeur de recherche au CNRS et spécialiste de Mars, sur les éventuels problèmes posés par un éventuel séjour sur la planète rouge.

Les conflits internes

L’une des inquiétudes est l’évolution psychologique des membres mis en confinement. Pourront-ils se supporter 24h/24h dans un espace restreint ? Le syndrome du troisième quart montre que le séjour pourrait s’avérer plus pénible à mi-période.

Cyprien Verseux évoquait par exemple « des tensions » entre les membres de l’équipe « devenues plus fréquentes et plus intenses », passé le sixième mois. « Mais nous restons une équipe soudée », précisait-il toutefois.

« Je ne pense pas que les problèmes psychologiques soient un réel obstacle au vol habité vers Mars », rassure François Forget. Le planétologue estime que « les nombreux tests permettent aux scientifiques de sélectionner les meilleurs profils, et la part d’aventure permettra de dépasser d’éventuelles tensions ».

Le chercheur se réfère à d’autres explorations de l’histoire humaine. « Dans les expéditions polaires du début du XXe siècle, les hommes ont résisté à des conditions beaucoup plus rudes que celles demandées pour une mission vers Mars, et sans les moyens techniques que nous avons aujourd’hui ».

Le problème de communication

Sur Mars, les astronautes auront une communication limitée avec la Terre. « Les communications avec les personnes sur Terre, qui aident les astronautes à décharger leur agressivité, seront très difficiles, hachées, avec de longues minutes d’attente entre une question et sa réponse », remarque François Forget. Entre 4 et 20 minutes, selon les positions des deux planètes.

« Cela peut parfois être frustrant »,témoignait Cyprien Verseux sur son blog. « Des problèmes qui pourraient être réglés en quelques minutes avec un coup de téléphone peuvent durer des jours, ou même des semaines et des mois si notre interlocuteur est peu réactif ». Mais le principal manque est personnel. « On ne peut pas appeler nos proches pour vérifier qu’ils sont saufs après une attaque terroriste, réconforter un proche qui a perdu un membre de sa famille, ni féliciter chaleureusement des amis qui viennent de se marier », écrivait-il.

L’environnement hostile

Mars n’est pas vraiment une terre accueillante. « L’atmosphère, constituée à 95 % de CO2, n’est pas respirable du tout, et sur le sol, la pression est très faible : donc en dehors de l’habitat ou sans scaphandrier, notre salive et notre sang se mettraient à bouillir très vite et nos organes à gonfler ». Mais selon le spécialiste, la principale difficulté serait l’exposition aux radiations solaires et rayonnements cosmiques. « Ces radiations, au sens large, pourraient provoquer des cancers, voire tuer les astronautes en quelques heures seulement ». Des solutions existent pour y remédier mais elles restent discutées par la communauté scientifique.

Boire et manger

Le lundi, c’est raviolis… lyophilisés. « Pas de problème pour emporter de la nourriture réhydratée lors d’un voyage vers Mars », assure le spécialiste. « Mais j’imagine qu’il sera très motivant d’essayer de faire pousser des tomates et de l’estragon pour changer de l’ordinaire ». Il ajoute : « L’eau sera accessible sous forme de glace dans beaucoup de sites. En grattant un peu, cela ne devrait pas poser trop de difficultés ».

Le financement

Mis à part les problèmes de radiations, aucun blocage technologique n’existe réellement. « On sait à peu près tout faire, descendre à la surface, construire leshabitats pressurisés, gérer les problèmes de poussière, développer une fusée pour remonter en orbite… Le vrai problème est que cela coûte cher ». Le robot Curiosity a coûté 2.5 milliards de dollars. Comptez maintenant entre 100 à 300 milliards de dollars pour un voyage de 4-5 personnes sur Mars… Le chercheur reste optimiste. « Le développement des entrepreneurs privés dans le domaine, à l’instar d’Elon Musk, pourrait faciliter le financement d’un tel projet ».

>> Bonus

Sur Mars, le panorama devrait valoir le coup. Un exemple : sur la planète rouge, les couchers de soleil sont bleus…

Un coucher de soleil sur Mars, photographié par Curiosity.
Un coucher de soleil sur Mars, photographié par Curiosity. - NASA