Combien de temps durerait un voyage vers la planète Proxima b?

ESPACE Une possible cousine de la Terre a été détectée dans le système solaire voisin, mais un voyage n'est pas pour tout de suite...

Philippe Berry

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Vue d'artiste de la surface de l'exoplanète Proxima B
Vue d'artiste de la surface de l'exoplanète Proxima B — ESO/AP/SIPA

Si près et pourtant si loin. A l’échelle galactique, 4,25 années-lumière, cela représente un saut de puce. Au niveau de nos technologies actuelles, c’est un océan presque infranchissable. La découverte d’une planète potentiellement habitable, en orbite autour de Proxima du Centaure, annoncée mercredi, fait rêver tous les astronomes. Mais avant de pouvoir s’y rendre, ou même d’y envoyer une sonde, il faudra des avancées technologiques majeures.

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Proxima du Centaure, c’est loin ?

C’est l’étoile la plus proche du Soleil. Mais à 4,25 années-lumière, cela représente 40.000 milliards de kilomètres. C’est plus de 700.000 fois la distance Terre-Mars et 250.000 fois la distance Terre-Soleil. Nous sommes bien peu de chose.

Avec une sonde comme New Horizon : 78.000 ans

La sonde de la Nasa a mis presque 10 ans avant d’atteindre Pluton et de nous envoyer de magnifiques photos. Même avec un coup d’accélérateur grâce à l’appui gravitationnel lors du survol d’une planète comme Jupiter, New Horizon ou même l’ancêtre Voyager, n’atteignent que 17 km/s, et il faudrait donc 78.000 ans avant d’arriver en orbite de Proxima b. Pas sûr que l’espèce humaine soit encore vivante d’ici là.

Avec une réaction de fission nucléaire : 1.000 ans

Sur le papier, la Nasa a exploré la piste d’un moteur carburant au nucléaire. Cela pourrait être utile pour des voyages entre la Terre et Mars en moins de 90 jours mais il faudrait au moins 1.000 ans pour atteindre Proxima du Centaure. Peut mieux faire.

La propulsion nucléaire pulsée (théorique) : 100 ans

Dans le cadre du projet Orion, l’un des pères de la bombe atomique, Stanislaw Ulam, avait suggéré de récupérer le souffle de l’explosion de charges nucléaires pour accélérer jusqu’à 5 % de la vitesse de la lumière, soit un voyage de 100 ans vers notre voisine. Malgré plusieurs mises à jour (Project Daedalus et Longshot), cette piste n’est pour l’instant pas sérieusement considérée. Peut-être à cause du risque de ne pas arriver en un seul morceau.

La fusion nucléaire (théorique) : 36 ans

Pour l’astrophysicien Michaël Gillon, c’est le seul espoir raisonnable : maîtriser un moteur à fusion nucléaire pour atteindre 10 % de la vitesse de la lumière (30.000 km/s), pour un voyage de « seulement » 36 ans. Mais on a déjà du mal à contrôler la production d’électricité (Hello, Iter) par ce biais, sans parler du problème du carburant (Helium 3), qu’il faudrait sans doute récupérer sur Jupiter. Bref, ce n’est pas pour tout de suite.

Des nanosondes accélérées par un laser (théorique) : 25 ans

C’est la solution choisie par le milliardaire russe Yuri Milner, avec le soutien de Stephen Hawking, pour le projet Starshot. L’idée : accélérer des sondes miniatures (moins de 1 gramme) en bombardant leur « voile solaire », un vaste film de quelques atomes d’épaisseur, avec des lasers, depuis la Terre. Pour les pousser, un peu comme si on essayait de faire avancer un ballon avec un jet d’eau. L’avantage, c’est qu’il est possible de fournir une accélération sur une très longue période pour atteindre, en théorie, 20 % de la vitesse de la lumière, soit un voyage de 25 ans. Mais il reste de nombreux obstacles, et Milner estime qu’il faudra au moins 20 ans avant qu’un système opérationnel soit prêt.

Le jeu en vaut-il vraiment la chandelle ?

Avant de penser à voyager, il va falloir commencer par observer Proxima du Centaure. Sa planète est-elle bien rocheuse ? Possède-t-elle une atmosphère et un champ magnétique ? Le télescope spatial James Webb, en 2018, et le télescope géant Magellan, au Chili, en 2020, devraient permettre d’en savoir plus. Mais l’astronome Debra Fischer, de l’université Yale, en est persuadée, « nous voyagerons dans notre galaxie. Reste à savoir quand ». Un voyage habité est pour l’instant du domaine de la science-fiction mais selon elle, commencer par l’envoi de sondes « au cours de ce siècle » est réalisable, et le projet Starshot est « une brillante idée ». « Y a-t-il de l’eau à la surface, des signes de vie ? Pour en être sûr, il faut y aller. Il n’y a pas de vision plus grandiose pour l’humanité. »