Combien de carbone un feu de forêt dégage-t-il dans l'atmosphère?

DECRYPTAGE Tout dépend du lieu, du type d'arbres...

Brendan I. Koerner. Traduction 20minutes

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Mercredi 24 octobre, le gouverneur de l'Etat Arnold Schwarzenegger a annoncé que les 18 incendies recensés depuis dimanche ont déjà fait trois morts et 40 blessés.
Mercredi 24 octobre, le gouverneur de l'Etat Arnold Schwarzenegger a annoncé que les 18 incendies recensés depuis dimanche ont déjà fait trois morts et 40 blessés. — REUTERS
A chaque fois que je vois les images d’un violent feu de forêt, je ne peux m’empêcher de penser à tout ce carbone envoyé dans l’atmosphère. Est-ce que ces incendies ont un impact important sur le réchauffement climatique, ou est-ce que je m’angoisse pour rien?

Cela dépend beaucoup de ce que le feu détruit : il y a d’énormes différences entre les espèces d’arbres en ce qui concerne le stockage de carbone. En général, les arbres les plus chargés en carbone sont ceux dont le bois est dense et dont le tronc est large. Si vous voyez un feu dans une étendue d’immenses arbres à feuilles persistantes, les émissions de carbone seront beaucoup plus importantes que si l’incendie s’en prend à des arbres plus clairsemés. Aux Etats-Unis, on trouve les forêts les plus riches en carbone essentiellement du nord de la Californie jusqu’à l’état de Washington.

Il faut aussi prendre en compte la composition des sols ravagés.
Les feux qui se sont abattus sur l’Indonésie en 1997, par exemple, ont brûlé des arbres tropicaux à troncs relativement fins. Mais les forêts dévastées étaient aussi couvertes d’une tourbe riche en carbone, atteignant parfois 20 mètres d’épaisseur. Résultat: on estime que les feux indonésiens ont dégagé entre 0,81 et 2,57 gigatonnes de carbone – entre 13 et 40% des émissions annuelles mondiales de l’époque.

Heureusement, le feu de forêt typique
du continent nord-américain est loin d’être si calamiteux, du moins en terme d’émissions de carbone. Le ministère de l’Environnement canadien estime que pour chaque acre brûlée [environ 4 km2] de forêt majoritairement composée de conifères, environ 4,81 tonnes de carbone sont dégagées dans l’atmosphère, entre 80 et 90% sous la forme de dioxyde de carbone (CO2), le reste étant du monoxyde de carbone (CO) et du méthane (CH4). En 2006, 96.385 feux – un record – ont détruit à peu près 9,87 millions d’acres de forêt aux Etats-Unis. Selon les chiffres canadiens, les feux de forêts ont donc représenté 47,47 millions de tonnes des émissions de carbone américaines de l’an dernier. A titre de comparaison, les émissions annuelles de dioxyde de carbone de la nation tourneraient autour de 6,049 milliards de tonnes.

Cette estimation ne prend toutefois pas en compte le carbone dégagé par la végétation qui se décompose une fois le feu éteint. Elle n’inclut pas non plus les effets à long terme de la disparition de ces forêts, qui absorbent le dioxyde de carbone de l’atmosphère et donc nous aident à ralentir le réchauffement climatique.

Ce réchauffement semble augmenter la fréquence des feux de forêts. Selon une étude récente de l’Université de l’Arizona, la durée de la saison des incendies a été rallongée en gros de deux mois et demi depuis le milieu des années 1980, principalement à cause d’une fonte des neiges plus précoce à l’ouest (plus la fonte des neiges intervient tôt, plus les broussailles sèches et facilement inflammables passent de temps sur le sol.) Et une étude de l’Université de l’Etat du Kansas de 2004 prédit que la quantité de dioxyde de carbone émise par les feux de forêt américains va doubler d’ici à 2100.

Seulement voilà, les feux de forêt
peuvent aussi jouer un rôle fondamental pour renouveler le sol de la forêt et le débarrasser de la pourriture. Et même si l’homme devait soudainement disparaître de la planète, il y aurait encore des incendies, notamment provoqués par la foudre. En 2006, les incendies déclenchés naturellement portent en fait la responsabilité de plus de la moitié des 9,87 millions d’acres de forêt dévastées aux Etats-Unis. A noter aussi: avant les années 1800, on estime que les Indiens brûlaient environ 4,5 millions d’acres de terrain par an pour jouer, cultiver des plantes comestibles et priver leurs ennemis de couverture.

En résumé, s’il faut s’inquiéter de l’augmentation
de la fréquence des feux et de leurs effets sur le réchauffement climatique, il n’y a pas de quoi en perdre le sommeil. Il est certainement préférable de garder vos forces pour des problèmes plus faciles à résoudre, comme notre effroyable dépendance envers l’énergie fossile.

Posté sur le site de Slate le 16 octobre.