Question (pas si) bête: Pourquoi les insectes sont-ils attirés par la lumière?

SERIE (2/8) Les questions les plus simples sont parfois les meilleures...

Céline Boff

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Lampadaire sous un coucher de soleil. Illustration.
Lampadaire sous un coucher de soleil. Illustration. — DE NUL/SIPA

C’est l’été, le corps se relâche et l’esprit a enfin le loisir de se recentrer sur des questions existentielles. Du type : mais pourquoi ces satanés insectes sont-ils irrémédiablement attirés par la lumière, m’obligeant la nuit venue à vivre dans le chaud (fenêtres fermées) ou bien dans le noir (lampes éteintes) ? C’est la deuxième interrogation de notre série estivale consacrée aux « Questions (pas si) bêtes ». La preuve.

Le constat

La nuit tombée, vous sirotez un verre en terrasse quand votre regard se pose sur un ballet de hannetons, de papillons de nuit et d’autres bébêtes nocturnes virevoltant sous l’éclairage. Eteindre la lumière n’y change rien : les insectes poursuivent leur folle farandole. Mais pourquoi ?

L’explication

Pour réussir à voler droit la nuit, les insectes nocturnes ont mis au point il y a quelques millénaires une technique a priori imparable (et d’ailleurs reprise bien plus tard par les navigateurs) : fixer un astre (étoile ou lune) et se déplacer en conservant un angle constant par rapport à lui.

Mais l’arrivée de l’éclairage artificiel a tout chamboulé : « Du fait de son intensité plus forte, il devient plus attractif pour l’insecte qui s’en approche. Ce dernier délaisse donc l’astre initialement fixé pour se concentrer sur cette lumière », détaille Hervé Guyot, entomologiste responsable de la Maison des insectes à l’Office pour les insectes et leur environnement (Opie).

Problème : le point lumineux, en théorie positionné extrêmement loin puisqu’il s’agit d’un astre, est désormais à proximité. « L’insecte se met à réajuster en permanence son angle par rapport à l’éclairage. Alors qu’il effectue ces calculs pour continuer à voler droit, cela le conduit à réaliser des spirales de plus en plus rapprochées autour de la source lumineuse », poursuit l’expert.

Ne vous y trompez pas : si les insectes nocturnes adorent la lumière – les spécialistes observent d’ailleurs des frénésies de vol en périodes de pleine lune –, tournoyer sans cesse autour d’une lampe artificielle ne concourt pas à leur bonheur. Au contraire : désorientés, ils volent jusqu’à l’épuisement. Jusqu’à finir par tomber sur le sol, où les attendent patiemment leurs prédateurs naturels, tels que les crapauds, quand ils n’ont pas déjà été avalés tout crus par des passereaux ou des chauves-souris. Cette petite faune fait à son tour le bonheur des chats, quand elle ne se retrouve pas purement et simplement réduite en bouillie en passant sous les roues d’un véhicule.

Pour éviter ces charniers, « une solution a été trouvée dans les années 1970 : les lampes à vapeur de mercure, qui émettent de la lumière blanche, ont été remplacées par des lampes à sodium, dont le rayonnement orangé n’attire pas les insectes, à quelques espèces près », avance Hervé Guyot. Mais cette avancée a été mise à mal par l’apparition de la LED, moins consommatrice d’énergie mais dont la lumière très blanche attire à nouveau les insectes…

Reste une dernière interrogation : pourquoi les insectes virevoltent-ils encore autour d’une source lumineuse après que celle-ci a été éteinte ? « Parce qu’elle continue d’émettre des rayonnements infrarouges qui sont invisibles pour l’homme mais pas pour certaines espèces telles que les moustiques ou les papillons de nuit », répond Hervé Guyot. Ce rayonnement cessera seulement lorsque la lampe sera complètement froide.

Bon à savoir

Pour finir d’éclairer votre lanterne, sachez que les moustiques ne sont absolument pas attirés par la lumière. « Ce sont les phéromones et les infrarouges émis par les corps des animaux et/ou des humains qui les séduisent », assure Hervé Guyot. La lumière, ils s’en passeraient bien : « Le moustique vole très mal et il en a conscience : il sait qu’il peut être facilement repéré et donc, tué », conclut l’entomologiste.

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