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SCIENCESLa chance existe-t-elle vraiment ?

La chance existe-t-elle vraiment ?

SCIENCESC'est la question au coeur du «Petit livre de la chance» publié ce vendredi 10 juin...
Un trèfle à quatre feuilles.
Un trèfle à quatre feuilles. - PureStock/SIPA
Audrey Chauvet

Audrey Chauvet

«Quelle chance d’avoir décroché ce job ! », « C’est le destin qui l’a mis sur mon chemin », « J’ai la poisse en ce moment ». Tous les jours, nous donnons, sans nous en rendre compte, une place importante à la chance dans nos vies. Pourtant, cette chance ou cette malchance qui « tombe » sur nous, comme son étymologie l’indique, existe-t-elle vraiment ? « La chance n’existe pas, il n’y a que le hasard et les interprétations de ce hasard », assure Eric Thiery, auteur du Petit livre de la chance (ed. Le Pommier) publié ce vendredi 10 juin.

Le bol, le pot, la baraka…

Allez dire ça à David et Kathleen Long : ce couple de Britanniques a gagné deux fois de suite à l’Euro Millions. Ils avaient une chance sur 283 milliards que cela arrive. Et c’est arrivé. On pourrait dire qu’ils ont du bol, du pot, la baraka, une chance de cocu, le cul bordé de nouilles… les expressions autour de la chance ne manquent pas. Mais non, ils n’ont pas plus de « chance » que celui qui n’a joué qu’une fois dans sa vie à l’Euro Millions et est reparti bredouille. « A chaque fois qu’on joue au loto, on a la même probabilité de gagner », rappelle Eric Thiery. « Pour une personne, gagner au loto est un événement rarissime, mais tous les jours il y a un gagnant donc en soi, ce n’est pas un événement rare, souligne Elise Janvresse, mathématicienne à l’université de Picardie. Nous avons une très mauvaise appréhension du hasard car nous ne jugeons que sur la base de notre propre expérience. »

Si la chance n’existe pas, le hasard fait bel et bien partie de notre univers et s’exprime sous forme de probabilités : par exemple, nous avons une chance sur 720.000 d’être assommés par une météorite tombant du ciel et une sur 120.000 de mourir après une attaque de chien. La probabilité qu’un astéroïde nous tombe sur la tête et qu’une fois à terre nous soyons dévorés par une meute de chiens est très faible, mais pas nulle. Si cela arrive, ce n’est pas « la poisse », c’est le hasard. « L’être humain cherche toujours à comprendre, c’est inné. Par exemple, si je gagne au loto alors que je viens de publier un livre sur la chance, on fera le lien alors que ces deux événements sont totalement indépendants », illustre Eric Thiery.

« Un baume sur l’ignorance »

Ce que nous appelons la chance ou la malchance ne sont que des interprétations, ô combien subjectives, d’événements « neutres » : quand la roulette s’arrête sur un chiffre, elle fait des heureux et des malheureux. La chance, ou ce que l’on met derrière ce mot, n’est donc qu’une tentative « d’expliquer l’inexplicable ». Les superstitions qui s’y rattachent, les fers à cheval, les trèfles à quatre feuilles et autres grigris, ne font que « donner l’impression de contrôler les choses » : « C’est un baume sur l’ignorance », poétise Eric Thiery.

En réalité, nous sommes tous plongés dans un chaos d’événements qui peuvent tous arriver : « A chaque fois que nous prenons une décision, c’est comme si l’univers se séparait en deux. Le nombre de combinaisons qui peuvent se former tout au long de notre existence est infini », explique l’auteur. Le destin, c’est donc cet univers qui se forme au fil des alternatives qui se présentent à nous. Mais rien n’est écrit d’avance pour les « athées de la chance » comme Eric Thiery qui reconnaissent être devant « un vide de signification ».

« Quand on parle de hasard en maths, c’est quand il nous manque une connaissance, note Elise Janvresse. On n’a pas la même loi sur le hasard selon notre niveau de connaissances : pour une femme enceinte, elle a une chance sur deux d’avoir un garçon ou une fille. Pour le médecin qui va faire l’échographie, il y aura 95 % de chances que ce soit l’un ou l’autre car il a beaucoup plus d’informations que la future maman. »

Monsieur Scoumoune est résigné

On peut en revanche mettre les « chances » de son côté, c’est-à-dire les facteurs qui vont augmenter ou diminuer une probabilité. Si on ne boit pas d’alcool, qu’on ne fume pas, qu’on ne mange que des aliments sains, on réduit la probabilité de mourir d’un cancer. « L’espérance de vie n’est qu’une expression mathématique de l’âge que l’on peut atteindre si on maintient l’équilibre entre les facteurs qui auront tendance à nous faire mourir plus jeune et ceux qui au contraire pourraient prolonger notre vie », explique Eric Thiery.

En revanche, il y a des situations dans lesquelles mieux vaut ne pas chercher à défier le hasard : Jean-François Daraud, 61 ans, a passé 2.317 jours à l’hôpital, a subi 43 accidents graves, cinquante fractures, sept mois de paralysie et quatre comas. Surnommé Monsieur Scoumoune, « il ne se pose pas de questions car il a compris qu’il n’y a pas de réponses. Dans ce couloir de hasard, il défie toutes les probabilités », témoigne Eric Thiery qui tremble à chaque fois qu’il appelle Jean-François pour prendre des nouvelles. « La dernière fois, la foudre était tombée sur une seule maison de son village… Devinez laquelle… »

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