Comment le miglustat agit contre la mucoviscidose

Yaroslav Pigenet

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La kinésithérapie respiratoire, un régime alimentaire strict, les antibiothérapies et parfois une greffe de poumon peuvent prolonger et améliorer la vie des malades atteints de mucoviscidose, mais elles ne s’attaquent pas à la maladie elle-même.

Si son efficacité est confirmée, le miglustat sera donc l’un des premiers médicaments à traiter la mucoviscidose et non ses symptômes.

Maladie génétique

La mucoviscidose est une maladie génétique due au mauvais fonctionnement d’une protéine (CFTR) située dans la membrane des cellules qui tapissent, entre autres, nos poumons. Normalement, CFTR est une sorte de canal qui contrôle les échanges d’eau et de sels minéraux entre la cellule et l’extérieur.

En cas de dysfonctionnement, comme c’est le cas dans la mucoviscidose, le mucus naturellement sécrété dans les poumons et d’autres organes se déshydrate et devient anormalement visqueux; l’empêchant d’assurer sa fonction de lubrification et d’évacuation des poussières et bactéries. Ce qui multiplie les épisodes d’infection respiratoire et digestive, provoquant une inflammation chronique qui, à terme, finit par détruire de manière irréversible les tissus des organes touchés.

La plupart des patients atteints de mucoviscidose sont porteurs d’une mutation qui empêche la protéine CFTR d’atteindre la membrane cellulaire une fois qu’elle a été synthétisée. A l’aide d’une technique de criblage biologique, le professeur Frédéric Becq (CNRS, Poitiers) et son équipe ont sélectionné une molécule «chaperonne» appelée miglustat. En sa présence, la protéine CFTR mutée «retrouve son chemin» et parvient à s’insérer dans la membrane cellulaire. Dès 2006, ils ont pu démontrer que le miglustat pouvait restaurer partiellement le fonctionnement de CFTR dans des cellules humaines.

Toxicité évaluée

Autre avantage, cette molécule peut être administrée oralement, et surtout, elle est déjà utilisée, sous l’appelation Zavesca, dans le traitement d’une autre maladie rare –la maladie de Gaucher. Ainsi, sa toxicité ayant déjà été évaluée lors de la mise sur le marché du Zavesca, l’équipe de Becq et le laboratoire Suisse Actelion (propriétaire du brevet de la molécule) ont pu très rapidement passer aux tests cliniques du glimustat chez les patients atteints de mucoviscidose.