Une nouvelle cité maya découverte grâce aux constellations, vraiment?

ASTRONOMIE Quelques doutes subsistent autour de l’existence de cette cité découverte par un adolescent québécois…

Olivier Philippe-Viela

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Chichén Itzá (Mexique), ville fondée par les Mayas en 534.
Chichén Itzá (Mexique), ville fondée par les Mayas en 534. — V. RUIZ / REUTERS

L’information a été reprise partout depuis le 7 mai, y compris par 20 Minutes. William Gadoury, un Québécois de 15 ans, aurait découvert depuis sa chambre une cité maya inconnue, « l’une des cinq plus grosses », située dans la péninsule mexicaine du Yucatan.

Des « structures en pierre »repérées par l'agence spatiale canadienne

La belle histoire a été racontée samedi par Le Journal de Montréal, qui précise la méthodologie employée par l’adolescent : en analysant des constellations mayas, il se serait rendu compte qu’elles correspondent au positionnement terrestre des cités mayas… sauf une étoile, qui n’avait pas d’équivalent sur une carte.

Grâce à Google Earth, il a ensuite repéré l’emplacement supposé de sa découverte. L’Agence spatiale canadienne a confirmé la présence de « structures en pierre s’apparentant à une pyramide et une trentaine de bâtiments à l’endroit exact identifié par William Gadoury », selon Le Journal de Montréal.

Sauf que personne n’a encore vu cette cité maya. Pour s’y rendre, il faudrait partir de Calakmul, ville touristique au sud du Mexique, et parcourir 40 kilomètres à pied en plein cœur de la jungle tropicale, dans une réserve de biosphère  inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco pour les nombreux vestiges mayas qu’elle abrite. En espérant qu’il y est quelque chose à voir au bout, car le doute est entier. Plusieurs scientifiques ont déjà émis des réserves, sans rejeter totalement la possibilité d’une découverte.

« On est en plein n’importe quoi »

Dominique Michelet, archéologue spécialiste de la civilisation maya et directeur de recherche au CNRS, explique ce scepticisme : « Je ne doute pas un instant que les Mayas avaient beaucoup d’intérêt pour l’observation des étoiles et, peut-être, des constellations (pas les nôtres évidemment puisqu’elles nous viennent des Grecs). Pas de doute également que certains dispositifs architecturaux ont pu suivre des configurations suggérées par la voûte céleste nocturne. Cela dit, prétendre avoir découvert un site maya majeur inconnu par transposition sur une carte terrestre des constellations me laisse tout à fait perplexe. »

Pour lui, l’article initial comporte beaucoup d’incohérences. La cité se trouve-t-elle au Mexique, comme indiqué dans le texte, ou plus au sud, au Belize ? « La carte qui est fournie sur le site qui a diffusé le premier l’information semble situer le lieu en question au Belize, dans un secteur où, il est vrai, la carte du monde maya antique ne comprend pas grand-chose, explique le chercheur. Mais le Belize est petit, c’est moins étendu que la Bretagne, et le nombre d’archéologues au kilomètre carré - des étrangers surtout - y est très élevé depuis des décennies. Je serais donc très étonné qu’un site majeur existe dans ce pays qui n’ait pas été signalé par quelqu’un d’autre… Ensuite une autre carte est sortie qui situe le site au sud-est de Calakmul au Mexique, une région également bien connue. On est en plein n’importe quoi. »

Plus grand que le Tikal ?

Les caractéristiques du site ont alerté Dominique Michelet, qui y voit là aussi des incohérences : « Une pyramide et trente structures, ça ne me paraît pas spectaculaire. Les chiffres donnés pour la surface du lieu sont, quant à eux, rocambolesques (100 kilomètres carrés) quand on sait que le grand Tikal, le plus grand site maya classique, couvre de l’ordre de 60 kilomètres carrés. »

En France, le site Arrêt sur images a interrogé Marie-Charlotte Arnauld, autre directrice de recherche au CNRS, et son avis sur la « découverte » est encore plus radical : « Cette histoire de planification de l’ensemble des cités en fonction des constellations est une aberration : les constellations sont des constructions culturelles (il s’agit juste de relier des points), les nôtres nous viennent des Grecs. Inutile de perdre son temps à essayer de situer son nouveau site, car de toute façon, son hypothèse de départ est fausse. »

Il faudra s’y rendre pour être sûr

La cité maya de William Gadoury (qu’il a baptisée « Bouche de feu ») ne serait donc qu’une supercherie ? Là aussi, il ne faut pas se précipiter. Eric Taladoire, autre spécialiste des Mayas, s’était montré virulent auprès d’Arrêt sur images : « La consultation de la longue notice de Wikipedia sur ce découvreur m’incite à penser à une manipulation préparée avec soin. » Cité par Le Journal de Montréal ce mercredi, il explique, plus sceptique que péremptoire, que l’information du tabloïd « repose peut-être sur un fond de vérité. La méthode doit faire l’objet d’une vérification au sol, mais l’hypothèse mérite d’être vérifiée. »

Dominique Michelet veut également laisser sa chance à l’apprenti-archéologue : « Peut-être faudrait-il aller voir dans les détails les cartes que l’ado semble avoir produites pour pouvoir se faire une idée de l’importance de son travail. Mais à ma connaissance, le fait que les emplacements de certains sites aient été choisis en référence à des constellations n’a été signalé par personne à ce jour. »