Des larves d'Aedes aegypti, le moustique responsable de la propagation du virus Zika.
Des larves d'Aedes aegypti, le moustique responsable de la propagation du virus Zika. — Marvin RECINOS/AFP

SCIENCES

Les manipulations génétiques peuvent-elles venir à bout du virus Zika?

La technique Crispr pourrait être une solution pour éradiquer le moustique porteur du virus…

La solution à Zika pourrait sortir d’un laboratoire d’ici quelques mois. La technique de manipulation génétique Crispr, qui permet de remplacer des gènes défaillants ou indésirés par d’autres gènes, pourrait être rapidement utilisée pour éradiquer les moustiques porteurs du virus Zika, assurent des scientifiques américains. « Nous pourrions facilement maîtriser cette technologie d’ici un an », assure Anthony James, biologiste à l’université de Californie.

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Comment ça marche ?

Cette technique consiste à modifier les règles de la reproduction. Dans la plupart des espèces, y compris les moustiques, chaque individu porte deux versions de chaque gène. Ces versions, nommées allèles, sont positionnées chacune sur un des deux chromosomes, qui marchent par paire. Lors de la reproduction, le gène dominant l’emporte sur le gène récessif. La technique Crispr permettrait de ne plus laisser 50% de chances à un gène de l’emporter sur l’autre mais de créer un gène qui serait assez fort pour éliminer sa version concurrente à tous les coups et de se copier sur l’autre branche du chromosome.

Comment l’appliquer aux moustiques ?

Des chercheurs américains ont découvert comment bloquer le virus de la malaria chez les moustiques anophèles. Ils ont pour cela répandu un gène dans la population de moustiques testée qui rend les insectes inhospitaliers pour le parasite responsable de la malaria. En relâchant dans la nature ces moustiques au génome modifié, ils vont répandre ce gène en se reproduisant avec d’autres moustiques. Sachant qu’avec une  seule fécondation dans sa vie, une femelle pond de 500 à 2.000 œufs, on imagine l’efficacité de la technique. Dans un article publié par le Massachussets Institute of Technology (MIT), les chercheurs assurent que ce procédé pourrait être utilisé pour éradiquer le virus Zika.

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La technologie est-elle prête ?

Pas encore, mais elle pourrait l’être d’ici quelques mois, assurent les scientifiques. Toutefois, face à la capacité de nuisance de l’Aedes aegypti, le moustique vecteur de Zika mais également de la dengue, du chikungunya et de la fièvre jaune, les chercheurs pourraient avoir une solution encore plus radicale : éliminer purement et simplement l’espèce en modifiant les gènes qui déterminent le sexe. S’il n’y a plus que des mâles qui viennent à naître, l’espèce périra d’elle-même.

Ce n’est pas dangereux d’éliminer une espèce ?

Les scientifiques rappellent que les moustiques en cause dans la propagation de Zika ne sont pas endémiques d’Amérique du Sud, où ils font actuellement des ravages. Ils sont arrivés sur des bateaux en provenance d’Afrique. L’écosystème sud-américain peut donc tout à fait se passer de cette espèce invasive. Néanmoins, l’Académie des sciences américaine a lancé une grande évaluation de l’impact écologique que pourrait avoir la disparition d’Aedes aegypti en Amérique du Sud. Kevin Esvelt, professeur au MIT, rappelle que les insecticides actuellement utilisés en Amérique du Sud pour détruire les moustiques pourraient être bien plus néfastes pour l’environnement que la disparition d’une espèce non endémique. Le débat n’est donc plus scientifique mais éthique. « Je suis sûr que nous saurons le faire [la technique de manipulation génétique] avant que l’on ne se soit mis d’accord pour savoir si nous devons le faire», estime Kevin Esvelt