Nom, naissance et sœurs jumelles: Trois questions pas si bêtes sur la 9e planète

ASTRONOMIE D’où vient-elle, quel nom pourrait-on lui donner et a-t-elle d’autres « sœurs » cachées ? Les réponses par ici…

Nicolas Bégasse

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En orange, l'orbite de la 9e planète, en violet, celles des objets qu'elle influence.
En orange, l'orbite de la 9e planète, en violet, celles des objets qu'elle influence. — CALTECH

Pour eux, c’est la seule solution : des chercheurs du California Institute of Technology ont publié mercredi un article scientifique expliquant que selon leurs calculs, une neuvième planète plus massive que la Terre existe dans le système solaire. Son existence est la seule hypothèse permettant d’expliquer l’orbite particulière de petits objets très éloignés de nous. En attendant de la trouver, ce qui pourrait prendre des années, prenons le temps de répondre à trois questions pas si bêtes qu’on peut se poser sur cette neuvième planète.

Il est si grand que ça, le Système solaire, pour dissimuler une planète ?

Oui. Il est même beaucoup plus grand qu’on se l’imagine. Si l’on en croit les chercheurs californiens, l’orbite de la 9e planète l’emmènerait, à son point le plus éloigné, à 160 milliards de kilomètres du Soleil. A titre de comparaison, pour la planète actuelle la plus éloignée, Neptune, ce point se situe à moins de 5 milliards de kilomètres. Peut-on alors dire que la 9e planète se situe aux confins du Système solaire ? Non, car la véritable frontière de notre système est immensément lointaine. Comme l’écrit le chercheur du Cnes Francis Rocard dans Quelle est la véritable histoire du Système solaire ? « on peut tracer autour de chaque étoile une zone d’influence gravitationnelle, telle une cuvette dans laquelle les objets sont attirés vers l’étoile. Pour le Soleil, cette zone s’étend jusqu’au bord extérieur du nuage d’Oort, à environ 15.000 milliards de kilomètres ». Avec ses 160 milliards, la 9e planète n’est finalement pas si lointaine. Une dixième pourrait même se cacher quelque part, mais selon un expert interrogé par 20 Minutes, il est difficile d’imaginer que plus d’une ou deux planètes restent à découvrir.

Comment a-t-elle pu arriver là ?

Plusieurs modèles décrivent le scénario de la formation du système solaire. Présenté en 2005 et devenu depuis le modèle le plus largement accepté, le modèle de Nice avance qu’une grande partie de billard cosmique s’est produite il y a environ 4 milliards d’années, au cours de laquelle des bouts de planètes se sont éparpillés un peu partout. Au cours de ces événements, « les simulations prédisent qu’une cinquième planète gazeuse proche de Jupiter a pu être éjectée hors du Système solaire », écrivait Francis Rocard dans son livre sorti fin 2014. Si les calculs démontrant l’existence d’une 9e planète n’ont été publiés que cette semaine, l’éventualité d’une telle planète est donc connue depuis plusieurs années. Cette planète serait en fait une sœur des géantes Jupiter, Saturne, Uranus et Neptune, expulsée loin du Soleil au cours de cette partie de billard cosmique.

Comment pourrait-elle s’appeler ?

Une seule organisation a autorité pour donner un statut et un nom à un corps céleste : l’Union astronomique internationale (UAI). C’est elle qui, en 2006, a voté pour déclasser Pluton du statut de planète à celui de planète naine. Joint par 20 Minutes, son secrétaire général Piero Benvenuti estime que ce serait au public de nommer la nouvelle planète. « J’imagine qu’on procéderait de la même manière que pour la récente campagne publique visant à donner un nom aux exoplanètes : on demanderait à des clubs d’astronomie du monde entier de proposer des noms, et un vote populaire choisirait parmi tous ces noms. » Evidemment, le patron de l’UAI appelle à la prudence : tant qu’elle n’est pas observée, la 9e planète n’est qu’une hypothèse. Mais si elle était confirmée, Piero Benvenuti proposerait qu’un tel vote ait lieu. Et imagine que son nom, quel qu’il soit, serait de la même famille qu’Uranus, Pluton ou Neptune.