Il va falloir mettre à jour votre tableau périodique des éléments

PHYSIQUE-CHIMIE Quatre nouveaux éléments viennent d'être officiellement reconnus et attendent encore d'être nommés...

Nicolas Bégasse

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Kosuke Morita, découvreur de l'élément 113 du tableau périodique, le 31 décembre 2015 au Japon.
Kosuke Morita, découvreur de l'élément 113 du tableau périodique, le 31 décembre 2015 au Japon. — Noriake Sasaki/AP/SIPA

C’est peut-être un détail pour vous, mais le tableau périodique des éléments a des trous. Ou plutôt il en avait, car quatre éléments manquants viennent d’y être officiellement ajoutés, complétant la 7e ligne du fameux tableau de Mendeleiev, qui répertorie tous les éléments chimiques constituant la matière de l’univers.

En balançant des ions de zinc sur du bismuth (en plus d’être un pseudonyme, c’est un autre élément chimique, le numéro 83), des chercheurs sont parvenus à détecter l’élément 113. Leur découverte, commencée en 2004, a abouti en 2012 et a dû attendre la semaine dernière pour être validée par l’Union internationale de chimie pure et appliquée (UICPA). Des équipes russes et américaines étaient aussi sur le coup, mais elles devront se contenter de la paternité des trois autres nouveaux éléments, le 115, le 117 et le 118 : ce sont les Japonais de l’institut de recherche scientifique public nippon Riken qui auront l’honneur de nommer l’élément 113.

Plusieurs mois pour trouver un nom

Pour l’instant, celui-ci a un nom d’emprunt, l’ununtrium, inspiré de son numéro sur la table périodique : un, un, trois. Tout comme les autres s’appellent respectivement ununpentium, ununseptium et ununoctium. Comme tout cela manque de charme, de nouveaux noms seront donnés en suivant quelques règles : le nom doit faire référence à un concept mythologique, un minéral, une propriété de l’élément en question, un lieu, un pays ou un scientifique. Il doit ensuite être soumis à l’UICPA pour examen.

S’ensuit une période de cinq mois au cours desquels le nouveau nom est dévoilé et soumis aux critiques éventuelles du public. S’il passe ces embûches, il rejoint ses 117 camarades dans le tableau de Mendeleiev, et par extension dans les bouquins de physique-chimie du monde entier. Pour l’élément 113, le premier à avoir été découvert par des Asiatiques, le mot « japonium » est pressenti. Ne moquons pas le patriotisme nippon : avec le francium, le germanium, le fameux polonium, le californium ou l’europium, les Occidentaux ont montré l’exemple.

Et ça sert à quoi ?

Arrivé à ce point de l’article, le lecteur pourra se demander à quoi ça sert, de découvrir de nouveaux éléments chimiques. « Quand on est chimiste, au quotidien ça ne change rien, répond François-Xavier Coudert, chercheur en physico-chimie au CNRS. Sur plusieurs années, trois ou quatre atomes seulement ont été synthétisés pendant quelques microsecondes. On ne peut pas "jouer" avec. Cela dit, c’est en mieux comprenant ces éléments qu’on améliore nos connaissances sur la physique nucléaire. » Exemple à l’appui : « Créer de nouveaux éléments a permis de créer des atomes utilisés dans l’imagerie médicale ou le traitement du cancer. Les isotopes [catégories d’atomes] radioactifs ont des applications, et on en a encore à découvrir. »