Une image du soleil envoyée par les sondes de la mission Stereo. Image NASA.
Une image du soleil envoyée par les sondes de la mission Stereo. Image NASA. — NASA

SCIENCE

Peut-on survivre dans l'espace sans combinaison?

Le film de science fiction Sunshine a failli avoir raison...

Dans «Sunshine», le film de science fiction qui vient de sortir (sorti en avril 2007 en France), un astronaute du nom de Mace est contraint de quitter son vaisseau sans combinaison de protection. Il s’en sort avec seulement quelques gelures. Est-il vraiment possible de survivre dans l’espace sans combinaison?

La réponse est oui, mais seulement pendant un lapse de temps très court. Les principales fonctions d’un vaisseau spatial consistent à créer une atmosphère pressurisée et oxygénée pour les astronautes, et à les protéger des rayons ultraviolets et des températures extrêmes. Sans cela, ils s’asphyxieraient par manque d’air respirable et souffriraient d’ébullisme (c’est-à-dire qu’une réduction de la pression ferait passer la température d’ébullition des fluides corporels en dessous de la température normale du corps). Comme ces choses mettent un peu de temps à vous tuer, il vous est possible de survivre pendant une très courte période de temps dans l’espace.

Au mieux, un astronaute sans combinaison résisterait environ 15 secondes avant de perdre connaissance par manque d’oxygène (c’est le temps qu’il faut au corps pour utiliser tout l’oxygène restant dans le sang). Evidemment, sur terre, on peut retenir son souffle pendant plusieurs minutes sans s’évanouir. Mais ça ne vous sera d’aucun secours dans un vide intersidéral. D’ailleurs, il n’y a pas mieux que de retenir son souffle pour mourir rapidement. Pour s’en sortir même après quelques secondes, Mace a dû évacuer l’air de ses poumons avant de s’y aventurer. Dans le cas contraire, le vide intersidéral aurait provoqué une expansion de l’oxygène et un déchirement du tissu pulmonaire, ce qui aurait fait entrer des bulles d’air dans ses vaisseaux sanguins et finalement dans son cœur et son cerveau. Les plongeurs courent eux aussi un risque d’aéro-embolisme. C’est pourquoi on leur demande de retenir leur respiration lorsqu’ils descendent dans les profondeurs.

Un astronaute qui perdrait connaissance par manque d’oxygène survivrait quelques minutes de plus avant de succomber à l’asphyxie ou aux effets de la réduction de la pression. L’ébullisme résulterait dans la formation de bulles dans la substance liquide que l’on trouve dans les yeux, la bouche et le tissu de la peau. Un homme, qui avait participé à un test de la Nasa en 1965 et qui avait survécu à un incident qui l’avait placé dans des conditions proches du vide, a senti sa salive bouillir sur sa langue avant de perdre connaissance au bout de 14 secondes.

Dans le film, Mace prend la précaution de s’enrouler dans une couche d’isolation d’une des parois du vaisseau qu’il est en train de quitter. Cela le protège peut-être des températures qui dans l’espace oscille entre -130 et 95 degrés Celsius. Cela lui permet peut-être aussi d’éviter les dommages faits à la peau par les ultraviolets durant un rapide saut dans l’espace.

Et les gelures alors? Et bien en réalité, elles ne sont que la conséquence la moins plausible de la petite escapade sans combinaison de Mace. Quand bien même il aurait à faire face aux températures les plus basses possibles dans l’espace, en seulement 15 secondes le froid ne pourrait guère lui faire de mal. Tout simplement parce que dans un vide intersidéral, la chaleur abandonne le corps avec une grande lenteur.

Le risque le plus probable qu’il encoure, c’est de se retrouver avec «un suçon de l’espace» causé par le gonflement et l’explosion des petits vaisseaux sanguins de la peau. Le tout ressemblerait davantage à une verrue asséchée qu’à une gelure.