Journée mondiale de la Science: «Il n'y a pas assez de sujets scientifiques à la télévision»

INTERVIEW Claudie Haigneré, première Française dans l’espace, participe à un documentaire diffusé à l’occasion de la Journée mondiale de la Science au service de la paix et du développement…

Propos recueillis par Nicolas Bégasse

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Claudie Haigneré lors d'un de ses voyages en orbite.
Claudie Haigneré lors d'un de ses voyages en orbite. — ESA–J.L. Atteleyn

Dans l’actu, quand on parle d’espace, on pense souvent Nasa. Et quand on parle Europe, on pense bureaucratie. Claudie Haigneré, première Française dans l’espace et conseillère auprès du directeur général de l’Agence spatiale européenne (ESA), a envie de tordre le cou à ces deux clichés en cette Journée mondiale de la Science. Sur la chaîne éphémère « Space by Discovery Science » de Numericable, dispo sur son canal 16, le documentaire de 26 minutes Complètement Space, présenté par l’astronaute et traitant des travaux présents et à venir de l’ESA, est diffusé ce 10 novembre à 21h. 20 Minutes a demandé à Claudie Haigneré les raisons de sa participation.

Quelle est la genèse de votre participation au documentaire ?

C’est un tandem Unesco et Discovery qui est venu me voir, avec cette idée de chaîne scientifique éphémère. Tout ce qui est scientifique et technologique, c’est mon engagement. Et je veux promouvoir cette éducation aux sciences et cette inspiration pour la société qu’elles représentent. De plus, ce documentaire est consacré au spatial Européen, sur une chaîne [Discovery] qui est plus habituée à présenter des programmes américains. Ça permet de raconter l’ensemble du spectre européen pour que le public ne voie pas que le travail de la Nasa. Plus généralement, il faut montrer autant que possible cette aventure passionnante qu’est la science. On n’a pas assez de sujets scientifiques à la télévision.

C’est vrai qu’on entend plus souvent parler de la Nasa que de l’ESA…

La France et l’Europe ne se rendent pas compte de la richesse et de la qualité des réalisations européennes. On s’est aperçu un peu soudainement en novembre 2014, avec la sonde Rosetta et son atterrisseur Philae, qu’il y a aussi en Europe des projets magnifiques.

Le documentaire insiste d’ailleurs sur le côté international de l’espace. On s’en rend bien compte, quand on se trouve en orbite ?

La Station spatiale internationale (ISS) est avant tout une aventure humaine : on a là une coopération internationale – Russie, Japon, Etats-Unis, Canada, Europe. Je trouve ça extraordinaire et représentatif de ce qu’on peut faire ensemble quand on a un objectif de réussite, une mission en commun. C’est une super aventure humaine, mais aussi de diplomatie scientifique. A bord de l’ISS, on est fier de représenter sa nation, mais on est aussi un prolongement de l’humanité en général, à distance. Quand on regarde la Terre par le hublot, on ne voit pas de frontières, on se sent comme des Terriens.

Mais il y a aussi des projets 100 % européens, comme Rosetta…

Il y a cette coopération internationale, mais je suis fière de l’Europe spatiale en elle-même, qui est à l’origine de grandes premières. Quand nos agences, nos chercheurs se mobilisent, on se rend compte de ce qu’on peut faire en Europe quand on est tous ensemble. De temps en temps, c’est bien de le montrer. De montrer qu’on a une place importante dans cette science spatiale, qu’on n’est pas des suiveurs.