«Seul sur Mars»: «Le film est proche de la réalité, ou de ce qu’elle pourrait être à l'avenir»

INTERVIEW L'Inspecteur général de l'ESA nous explique comment il est intervenu auprès de l'équipe du film qui sort ce mercredi en France...

Propos recueillis par Nicolas Bégasse

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Matt Damon sur le tournage de
Matt Damon sur le tournage de — © Twentieth Century Fox France

Un film de science-fiction salué pour sa rigueur scientifique, c’est suffisamment rare pour être signalé : Seul sur Mars, qui sort ce mercredi dans les salles françaises, en est un. Pour réaliser son film, Ridley Scott, a notamment consulter la Nasa pendant le tournage. Mais pas seulement. Moins tapageuse, l’Agence spatiale européenne (ESA) a également livré son expertise à l’équipe du film. Et plus particulièrement Rudolf Schmidt, ancien responsable de la mission Mars Express et actuel Inspecteur général à l’ESA. Il revient sur cette expérience pour 20 Minutes.

Comment l’équipe du film vous a-t-elle contacté ?

Ils ont eu mon nom par des amis que j’ai à la Nasa, qui soutient le film depuis le début. Ça a été une grosse surprise : j’ai reçu un mail me disant « Cher M. Schmidt, nous préparons un film et nous aimerions avoir votre avis… », j’ai cru que c’était une blague ! Ensuite j’ai demandé à lire le script, car je ne voulais pas être impliqué dans un film de « grosse » science-fiction. Je n’aime pas la science-fiction quand elle s’éloigne trop de ce que l’on peut vraiment faire, quand c’est trop fantastique. Je préfère quand elle parle de choses que l’on peut réaliser aujourd’hui, ou demain, mais pas dans mille ans.

Concrètement, comment s’est passée cette collaboration ?

Je suis allé sur un des lieux de tournage, à Budapest, quelques jours à trois reprises. Entre chacun de mes passages, on continuait régulièrement d’échanger par mails. C’était très intéressant, j’étais proche des acteurs, du réalisateur… Chiwetel Ejiofor, qui joue le chef de mission Vincent Kapoor, est venu me voir presque chaque jour : pour inspirer son jeu, il me demandait comment on se comporte quand on mène un projet spatial.

Y avait-il des erreurs scientifiques évidentes à corriger ?

L’« erreur » la plus évidente est la fameuse tempête au cours de laquelle le personnage principal perd son groupe. Il ne peut pas y avoir de tempêtes pareilles sur Mars. Ce qui est correct, c’est le message : oui, des tempêtes peuvent être dangereuses pour d’éventuelles missions habitées. Pas dangereuses comme dans le film, mais parce qu’elles sont constituées de grains de poussière extrêmement fins, qui pourraient s’infiltrer dans des mécanismes, les gripper et empêcher par exemple un voyage retour vers la Terre. Donc oui, les tempêtes sont dangereuses, mais non, elles ne ressemblent pas à celle du film – même si elle a le mérite d’être plus spectaculaire.

Sur Mars, cette tempête est impossible. (c) 20th Century Fox

Avez-vous vu le résultat final ?

J’ai vu le film trois fois : il est extrêmement bon. Et ses aspects scientifiques sont proches de la réalité, ou de ce qu’elle pourrait être à l’avenir. Evidemment, il reste des choses qui ne sont pas correctes, par exemple les casques laissent voir le visage des acteurs. Tout est une question d’équilibre entre l’aspect artistique et l’aspect scientifique. Autre exemple, la durée que met un signal pour voyager de Mars à la Terre est bien plus courte que ce qu’elle devrait être ; mais si on respectait la réalité, le public devrait attendre une demi-heure qu’un message voyage !

Pensez-vous que ce que décrit le film deviendra réalité ?

On m’a souvent demandé si je pensais qu’on se rendrait un jour sur Mars, et je réponds toujours qu’à mon avis, ceux qui y poseront le pied en premier sont déjà nés. Je suis convaincu que ça arrivera. Ce qui nous manque ce n’est pas la technologie, ce sont les finances.