Musée de l'Homme: Un espace réinventé pour un discours modernisé

REPORTAGE Après six ans de fermeture, le Musée de l'Homme nouvelle version, inauguré ce jeudi, ouvre ses portes au public ce week-end...  

Nicolas Bégasse
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Bustes anthropologiques du XVIIIe siècle exposés au Musée de l'Homme.
Bustes anthropologiques du XVIIIe siècle exposés au Musée de l'Homme. — N. BEGASSE / 20 MINUTES

De l’extérieur, rien n’a changé. Six ans après sa fermeture, le Musée de l’Homme se trouve toujours au Trocadéro, face à la Seine et au Champ de Mars. Mais de l’intérieur, rien n’est plus comme avant. Car le chantier, commencé en 2009 et qui se terminait encore durant les jours précédant l’inauguration ce jeudi et l’ouverture au public samedi, a été complet.

Un travail d’architecture, d’abord, avec une mise aux normes et en valeur de ce grand espace idéalement éclairé, avec sa verrière qu’on redécouvre, et idéalement situé, avec ses grandes fenêtres donnant sur la tour Eiffel. Un travail sur le fond, ensuite, avec une exposition permanente plus originale consacrée à l’Homme biologique et culturel, car la culture a une incidence sur la biologie de notre espèce. Un travail de mise en scène, enfin, que ses concepteurs ont voulue à la fois respectueuse du concept originel de musée-laboratoire, mais en le modernisant.

Quand les chercheurs sortent du labo

Pour le côté, labo, il y a la partie invisible : quelque 150 chercheurs travaillent entre les murs du Musée. Et la partie visible, que l’on découvre autour d’un Balcon des sciences présentant les travaux de ces scientifiques, mais aussi les scientifiques eux-mêmes, qui sortiront parfois de leur labo pour rencontrer le public. Côté musée, le paquet a été mis sur l’exposition permanente – l’espace dédié aux expos temporaires, modeste à côté du reste, abrite jusqu’en juin 2016 un récit en images et maquettes de ces six ans de chantier. Moderne, variée, gigantesque avec ses trois étages et 2.500m2, la Galerie de l’Homme conte l’odyssée de l’espèce en trois chapitres.

>> EN IMAGES. Dans les coffres du Musée de l’Homme

Dans « Qui sommes-nous », place est donnée à l’anatomie, à ce qui sépare le genre humain des autres bipèdes, à la représentation par chaque civilisation du rapport humain-nature. Modernité oblige, le rythme de la visite est souvent cassé, comme avec ce grand mur où l’on tire – littéralement- des langues pour écouter du swahili, du russe, du breton. Ou avec cette grande structure se déployant sur trois étages et qui supporte des dizaines de bustes anthropologiques donnant à voir la diversité des apparences humaines.

Le public est invité à tirer -littéralement- la langue. (c) N.Bégasse/20 Minutes

De l’os plutôt que de la cire

Pour montrer les origines de l’Homme, dans « D’où venons-nous ? » les moulages de restes squelettiques ont été préférés aux maquettes en cire. On gagne en authenticité. Mais au-delà des moulages, on trouve aussi des originaux, comme ces crânes de Cro-Magnon et de Neandertal ou ces précieux exemplaires d’art préhistorique rarement vus : loin des clichés de l’art rupestre, on découvre gravés sur de l’ivoire un mammouth, une sauterelle, une Vénus ou de surprenantes formes géométriques.

Crânes de Neandertal originaux protégés par une vitrine blindée. (c) N.Bégasse/20 Minutes

Le chapitre intitulé « Où allons-nous ? » parle du progrès, de la globalisation ou de l’homme augmenté. Petite originalité : pour accéder à cette dernière partie située au 3e étage, on passe par le néolithique, cet âge où l’Homme domestique son environnement par l’agriculture et l’élevage. Et où apparaît pour la première fois la problématique non pas seulement de l’impact de l’Homme sur son environnement mais aussi cette question cruciale, qui referme l’exposition permanente : l’Homme parviendra-t-il à s’adapter à lui-même ? Le Musée donne des clés pour y réfléchir, mais se garde bien d’y répondre.