Le squelette d'un Tyrannosaurus Rex exposé en octobre 2014 à Munich.
Le squelette d'un Tyrannosaurus Rex exposé en octobre 2014 à Munich. — SVEN HOPPE / DPA / AFP

INTERVIEW

Fin des dinosaures: «En science, un tel débat n’est jamais totalement clos»

Le paléontologue Jean Le Loeuff réagit à la publication d’une étude réconciliant les deux principales théories sur l’extinction massive de la fin du tertaire…

Qui a eu la peau des dinos ? Depuis des dizaines d’années, deux écoles s’affrontent : pour certains, c’est la gigantesque météorite tombée au large du Mexique qui les a occis ; pour d’autres, le coupable est à chercher en Inde, dans une immense région ayant connu un volcanisme très actif. Une étude de chercheurs de l’université de Berkeley publiée jeudi dans Science réconcilie les deux thèses, affirmant que l’impact de la météorite a eu pour conséquence d’accroître l’activité volcanique indienne : les entrailles de la terre et l’intrus venu du ciel se seraient ligués pour tout dévaster. 20 Minutes a demandé ce qu’il en pensait au paléontologue Jean Le Loeuff, directeur du Musée des dinosaures à Espéraza (Aude).

Quand on parle de la fin des dinosaures, on parle de quoi ?

A la fin du crétacé, il y a 66 millions d’années, 75 % des espèces vivantes ont disparu, du petit plancton aux grands reptiles marins. Ça ne concerne pas que les dinosaures, qui n’ont d’ailleurs pas tous disparu : les oiseaux, qui descendent des dinosaures, sont toujours là.

A quel point le débat sur la cause de la fin des dinosaures était-il vif ?

Le débat a été très vif surtout dans les années 80 et 90, entre les défenseurs de l’extinction des dinosaures sur quelques dizaines ou centaines de milliers d’années, conséquence d’un volcanisme très important en Inde. Les autres défendaient une extinction plus brutale, presque instantanée, sur quelques dizaines d’années seulement à la suite de la chute d’une météorite qui a entraîné un arrêt de la photosynthèse et donc l’effondrement d’une très grande partie de la chaîne alimentaire.

Comment le débat a-t-il pris fin ?

Le débat s’est calmé depuis une dizaine d’années. Attention, tout le monde n’est pas d’accord, mais il y a un consensus pour dire que l’intense volcanisme indien a provoqué une dégradation et un affaiblissement des écosystèmes et que la météorite a porté le coup de grâce. Mais en science, un tel débat n’est jamais totalement clos car on peut avoir de nouvelles hypothèses, de nouvelles données. Ce qu’on a beaucoup de mal à savoir, c’est si ce volcanisme a eu lieu avant ou après.

Pourquoi est-ce important ?

L’astéroïde et le volcanisme sont tous les deux bel et bien arrivés. Mais n’ont-ils fait que coïncider, ou l’un a-t-il provoqué l’autre ? Pour répondre il faudrait savoir si l’extinction s’est passée sur quelques dizaines d’années ou quelques dizaines, voire centaines de milliers d’années. On ne le sait pas encore, parce qu’on n’a pas les outils pour dire si un os est vieux de 66 millions et cent mille ans, ou 66 millions et deux cent mille ans. La marge d’erreur est au mieux de quelques centaines de milliers d’années.

L’étude publiée jeudi n’apporte-t-elle pas une réponse ?

C’est une idée déjà émise il y a une vingtaine d’années, qui avait à l’époque été considérée comme totalement improbable. Les arguments avancés aujourd’hui sont-ils décisifs ? Dur à dire. Pour les paléontologues ça ne change pas grand-chose, même si ce thème est très intéressant car l’extinction des dinosaures est quelque chose de très inattendu. Il y avait de plus en plus de diversité, et d’un coup, ça s’est arrêté, c’est une coupure très brutale. Pour nous, il est donc intéressant de mieux connaître la cause de ce bouleversement.