La «race blanche» est «un non-sens» aux yeux de la science

EVOLUTION Trois scientifiques, spécialistes de l'évolution des populations, livrent leur analyse du concept de race évoqué par Nadine Morano...

Propos recueillis par Romain Scotto

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Les acteurs du film «Qu'est ce qu'on a fait au Bon Dieu?»
Les acteurs du film «Qu'est ce qu'on a fait au Bon Dieu?» — RS

Dans le monde polarisé de Nadine Morano, la France est un « pays de race blanche (…) qui accueille des personnes étrangères ». Une analyse très personnelle, dont elle ne retire pas un mot, malgré le tollé soulevé depuis cinq jours. Pour y voir un peu plus clair, 20 Minutes donne la parole à trois scientifiques ayant fait de l’homme leur objet d’étude. Pour eux, le concept même de « race blanche » s’apparente à un non-sens.

« La race, c’est quelque chose lié à une action volontaire, chez les éleveurs notamment. Dans la nature, une race, ça n’existe pas. On parle d’espèce humaine, de populations, de variété géographique. Ce que l’on sait, c’est qu’il y a une certaine unité des populations. Tous les humains actuels ont des origines africaines. Nous autres, les homo sapiens, sommes issus d’une population de 60.000 individus qui vivaient il y a 90.000 ans en Afrique. Nous sommes sortis d’Afrique pour nous répartir sur l’Asie et l’Europe. Nous avions la peau sombre.

Mais vers 40.000 ans, nous avons rencontré des hommes de Néandertal, et avons fait l’amour avec eux. Et résultant de nos amours avec lui, nous avons acquis les caractères de peau claire. Nous les avons captés par sélection sexuelle. Le caractère de peau blanche n’a donc rien de pur. En fait, la notion de race a émergé à la fin du XIXe siècle avec le racisme scientifique, le colonialisme. Darwin se battait contre cela. Il disait d’ailleurs qu’on passe son temps à distinguer les populations sur les caractères les plus superficiels d’un point de vue de l’adaptation. »

  • Evelyne Heyer, généticienne : « Le mot "race" reflète mal la réalité génétique »

« Parler de race chez les humains est un non-sens. Scientifiquement, ce n’est pas un terme qui décrit la diversité. On parle de groupes d’origine géographiques. Le mot "race" reflète mal ce qu’on sait de la réalité génétique actuelle. Grosso modo, on est une espèce sans grandes différences génétiques. Il y a des différences entre des groupes humains, certes, mais elles ne sont pas très fortes. Pas aussi fortes que pour les races animales par exemple.

L’ADN est fait de 3 milliards de lettres. Si on compare deux individus sur Terre au hasard, 1/1000 de ces lettres sont différentes. Donc ils comptent 3 millions de différences sur ces 3 milliards. En fait, les différences dues à nos origines géographiques sont extrêmement faibles. Les différences de couleurs de peau, par exemple, c’est une poignée de gènes par rapport à l’ensemble du génome. Le fait de vivre dans des populations différentes n’augmente pas beaucoup les différences génétiques entre individus. Par ailleurs, aucune différence génétique n’explique des différences de comportements ou culturelles. C’est faux. »

  • Christian Coiffier, ethnologue : « Pour les Papous, il y a quatre types de blancs »

« Le concept de race est un concept culturel, inventé par les groupes humains. Beaucoup de peuples considèrent qu’ils sont différents des autres. Oui, il y a des couleurs de peaux. Un peu plus ou un peu moins de mélanine pour résister au rayonnement solaire. Je me suis aperçu que le racisme existait partout.

Les Papous avec qui j’ai travaillé, considèrent qu’il y a quatre types de blancs. Les gens comme eux, les blancs-roses comme les Australiens, les blancs-jaunes comme les Asiatiques, les blancs-blancs, comme les Européens et les blancs-noirs, comme les Afro-Américains (Oui, ils les perçoivent comme des blancs). C’est normal de voir des différences. Mais on ne peut pas évoquer des races. C’est lié à l’histoire de notre société qui avait un temps la volonté de mettre le blanc en haut d’une échelle de valeurs. Les choses ont changé. Et elles continuent de changer lentement. »