Mars: La recherche de la vie est-elle vraiment possible?

ESPACE Si la vie existe encore sur la planète rouge, l’humanité aura les plus grandes difficultés pour la trouver, de peur de la contaminer…

Nicolas Bégasse

— 

Coucher de soleil sur Mars.
Coucher de soleil sur Mars. — NASA/JPL-Caltech/MSSS/Texas A&M Univ.

Il y a donc de l’eau liquide sur Mars. Froide, salée, épisodique et observée indirectement, mais de l’eau liquide quand même. En l’annonçant lundi, la Nasa a relancé les rêves de trouver des organismes vivant encore aujourd’hui sur la planète rouge. L’occasion, aussi, de rappeler que même si elle existe, la vie martienne va être extrêmement difficile, voire impossible, à étudier.

Le problème est simple : pour déceler la vie et l’analyser, il faut s’approcher. Mais s’approcher, c’est prendre le risque de contaminer. Si un robot trouve un jour des microbes dans un coin humide de Mars, qui nous prouvera que ce n’est pas lui-même qui les a apportés ? Et si des bactéries terrestres devaient contaminer Mars, tout espoir de trouver une vie purement martienne ne serait-il pas évanoui ?

Planète interdite

Le problème ne date pas d’hier. Il existe même un organisme spécialement dédié à la question, le Bureau de protection planétaire. Sous ce nom ronflant se cache une mission simple : faire en sorte que les objets envoyés sur Mars par l’Homme n’atterrissent pas près des « régions spéciales », ces zones – grottes, pôles glacés, flancs de cratères, etc. – considérées comme les plus propices à la vie… mais aussi à la contamination par l’Homme !

« Ces zones sont les plus intéressantes pour la recherche de vie, mais on ne peut pas y aller pour l’instant », confirme à 20 Minutes Nicolas Mangold, chercheur CNRS au Laboratoire de planétologie de Nantes. Terrible paradoxe : on sait où la vie peut se trouver, mais on s’interdit d’y aller.

La stérilisation est très compliquée techniquement, et très coûteuse

Comme le rappelait lundi la spécialiste en planétologie Emily Lakdawalla, « les microbes nés sur Terre peuvent survivre dans n’importe quel environnement. On fait de notre mieux pour tout stériliser, mais ce n’est pas suffisant ; tout vaisseau partant de la Terre pour gagner Mars transporte nécessairement des microbes ».

Le New York Times souligne que seules deux sondes martiennes ont été soumises à des températures permettant leur totale stérilisation, Viking 1 et 2. Pourquoi seulement elles ? Parce que stériliser du matériel spatial demande des composants pouvant supporter les hautes températures nécessaires pour tuer les microbes, avec à la clé d’énormes contraintes financières et techniques.

L’humain, ce nid à microbes

Mais il y a pire que les robots en termes de microbes : nous. « Le jour où l’Homme ira sur Mars, toutes ces précautions vont sauter, car il est plein de bactéries, on ne peut pas le stériliser », explique Nicolas Mangold, qui parie plus sur la découverte de traces anciennes de vie sur Mars que sur celle d’organismes toujours vivants aujourd’hui.

Emily Lakdawalla ne pense pas autrement : « Tôt ou tard, les humains iront sur Mars ; même s’ils meurent dans la tentative, certains de leurs microbes pourront survivre au pire des crashs, écrit-elle. Une fois que des humains, vivants ou morts, auront touché la surface, il deviendra beaucoup, beaucoup plus dur d’identifier une vie martienne originelle. »

Mars déjà contaminée?

Le pire, c’est que comme le rappelle un article de Scientific American publié lundi, personne ne sait vraiment à partir de quel seuil une bactérie peut ou pas survivre et se développer sur Mars.

Or, l’humanité envoie sondes et robots à la surface de Mars depuis des décennies : comment être sûr, dès lors, que la planète n’est pas d’ores et déjà contaminée ?