Annonce de la Nasa: «Tout ce qui a trait à l’eau sur Mars est une découverte importante»

INTERVIEW A quelques heures de LA grosse annonce martienne promise par la Nasa, le spécialiste du Cnes Francis Rocard répond à nos interrogations...

Propos recueillis par Nicolas Bégasse

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Panorama martien photographié par Curiosity.
Panorama martien photographié par Curiosity. — NASA/JPL-Caltech/MSSS

Si la Nasa est une agence spatiale, elle est aussi américaine. Et à ce titre, elle aime faire le show. En prévenant depuis plusieurs jours qu’une « découverte scientifique majeure » concernant Mars serait dévoilée ce lundi soir, elle fait monter la sauce. Pour en avoir un avant-goût, 20 Minutes a demandé à Francis Rocard, responsable des programmes d’exploration du Système solaire au Cnes, son avis sur la fameuse annonce.

A-t-on une idée de la grande annonce que fera la Nasa ce soir ?

C’est mystérieux, on s’interroge. La Nasa aime mettre en scène ses découvertes et créer le suspense. Ce que je vois, c’est la présence chez les intervenants de McEwen, qui est le responsable de la caméra de très haute résolution Hirise, installée sur la sonde Mars Reconnaissance Orbiter, qui fait des images à 30cm/pixel. Il est possible qu’ils aient vu quelque chose de nouveau avec ces images.

Certains ont aussi noté la présence de Lujendra Ojha, auteur d’une étude affirmant que l’eau coule toujours sur Mars lors des mois chauds…

Ce n’est pas forcément incompatible ! Parmi les programmes de recherche de McEwen, il y a l’étude des cratères récents, mais aussi l’analyse fine des écoulements que l’on voit sur Mars. Certains sont figés, d’autres actifs. En observant la même scène à la fin du printemps ou au début de l’été martien, quand ça chauffe, on voit qu’il y a déclenchement d’écoulements spectaculaires. La question est de savoir si cela implique ou pas l’eau liquide, s’il s’agit d’autre chose que d’écoulements secs ou de déplacements de poussière. L’argument thermique plaide pour cette présence d’eau, qui ne serait pas pure, mais sous forme de saumure, de l’eau très salée ne gelant pas à 0°C mais en dessous.

Y a-t-il d’autres voies pour obtenir une preuve de la présence d’eau liquide ?

Tout ce qui a trait à la problématique de l’eau liquide est une découverte importante. La plus grande découverte de la décennie, qui est française, c’est celle d’argiles martiennes, qui sont une preuve signalant que Mars était chaude et humide dans le passé. L’annonce pourrait porter sur un minéral important qu’on n’aurait pas vu jusqu’ici. Par exemple, les carbonates sont des traceurs importants de la présence d’océans. Aujourd’hui on n’en a pas trouvé beaucoup sur Mars, mais si la Nasa en a détecté d’énormes quantités, bingo, ça veut dire qu’il y avait des océans. Cela dit, il n’y a pas l’équipe de Crism, qui s’occupe de la minéralogie martienne, c’est donc peut-être une fausse piste.

L’annonce pourrait-elle concerner un autre thème que l’eau, comme le méthane ?

Le méthane est intéressant, et on le cherche activement. Les annonces de sa découverte dans l’atmosphère martienne ne sont pas complètement admises : les relevés faits depuis la Terre ont peut-être été perturbés par l’atmosphère terrestre, et ceux effectués sur Mars par Curiosity pourraient provenir de l’intérieur de son instrument de mesure. Donc le doute subsiste. Au-delà de sa présence, on voudra aussi déterminer la source de ce méthane, avec comme hypothèses excitantes le fait qu’il proviendrait de bactéries méthanogènes dans le sous-sol de la planète, ou de volcans actifs, ce qui supposerait de la chaleur souterraine et donc un terrain favorable à la vie.