Stéréotypes et fausses idées: Femmes et science continuent de ne pas rimer

SONDAGE La Fondation L’Oréal présentait ce mercredi une enquête d’opinion montrant que les stéréotypes négatifs à l’endroit des femmes sont encore bien ancrés…

Nicolas Bégasse

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Illustration: une femme regarde dans un microscope.
Illustration: une femme regarde dans un microscope. — Guy Bell/REX/REX/SIPA

« Quand j’étais ado, un professeur m’a dit : "Pourquoi une jolie fille comme toi veut être scientifique ?". Ce genre de phrase peut décourager une jeune femme. » La biologiste américaine Elizabeth Blackburn, qui intervenait ce mercredi à Paris au point presse de la Fondation L’Oréal pour les Femmes et le Science, ne s’est pas laissée décourager. Elle a même gagné un prix Nobel de médecine. Et aujourd’hui, elle soutient le combat des femmes qui n’arrivent toujours pas, dans les esprits comme dans la réalité, à se faire une place dans le monde de la science.

L’an dernier, la Fondation l’Oréal avait fait un état des lieux chiffré. Elle soulignait notamment que si la proportion de lycéennes en filière scientifique est idéalement située à 49 %, elle tombe à 32 % en licence, 29 % dans la recherche, 11 % dans les hautes fonctions académiques et… 3 % pour les prix Nobel scientifiques. Cette année, elle a voulu comprendre cette chute en sondant les esprits.. pour voir à quel point les stéréotypes sur les femmes et la science sont ancrés.

Les femmes pas disposées à devenir des scientifiques

Dans une large étude OpinionWay*, la perception qu’ont les gens des femmes scientifiques a été étudiée, et les résultats sont édifiants. L’enquête montre qu’aux stéréotypes négatifs classiques sur les femmes et leur carrière (« elles ont quelque chose à prouver », « elles font passer leur carrière avant leur famille »), s’ajoutent des idées reçues sur les femmes et la science.

Selon ce sondage, 60 % des sondés pensent que les femmes sont moins disposées à devenir des scientifiques de haut niveau et les femmes elles-mêmes sont 51 % à le penser. Et surtout, deux tiers des personnes interrogées, hommes et femmes confondus, estiment que les femmes n’ont pas les capacités pour devenir des scientifiques. Dans l’ordre des explications avancées : le manque de confiance en soi, le réseau professionnel, l’esprit de compétition, l’absence d’ambition ou de persévérance. « C’est peut-être l’enseignement le plus frappant de cette enquête », selon le président d’OpinionWay Hugues Cazenave.

Une belle contradiction

Autre constat intéressant, les gens sous-estiment le problème : ils surévaluent systématiquement la proportion de femmes scientifiques au sein des étudiants, des chercheurs et des prix Nobel. Mais une fois confrontés à la réalité des chiffres, ils ne l’acceptent pas : 3 % des Nobel scientifiques ont été décernés par des femmes, ce qui est trop peu pour 66 % des sondés. Ils sont même 63 % à trouver souhaitable que les femmes soient aussi nombreuses que les hommes à remporter ce prix.

Pour Elizabeth Blackburn, c’est cette contradiction que doivent garder à l’esprit les femmes qui veulent une carrière scientifique : « Mon conseil à ces jeunes femmes, c’est : persistez, ne croyez pas que les stéréotypes sont vrais. Pendant ma carrière, j’ai pu voir que les femmes sont aussi bonnes que les hommes. Raccrochez-vous à ça, et au fait que malgré leurs idées reçues, les gens veulent que la situation s’améliore. »

*Enquête réalisée du 10 au 15 juin auprès d’un échantillon représentatif de 5.032 personnes adultes en France, Allemagne, Italie, Grande-Bretagne et Espagne.