Les embryons n’aiment pas être triés génétiquement

Yaroslav Pigenet

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Le Sénat américain devait adopter mercredi soir un projet de loi visant à favoriser la recherche sur les cellules souches embryonnaires, défiant une nouvelle fois une menace de veto présidentiel.
Le Sénat américain devait adopter mercredi soir un projet de loi visant à favoriser la recherche sur les cellules souches embryonnaires, défiant une nouvelle fois une menace de veto présidentiel. — Anne-Christine Poujoulat AFP/Archives

Un examen génétique pratiqué pour diminuer le risque de fausse-couche chez les femmes de plus de 35 ans qui ont recours à la fécondation in vitro (FIV) pourrait en fait augmenter ce risque. C’est ce que montre une vaste étude épidémiologique sur le diagnostic préimplantatoire dirigée par Sjoerd Repping de l’Université d’Amsterdam (Pays-Bas) et publiée mercredi dans la revue New England Journal of Medecine.

Sélectionner les embryons

Le diagnostic préimplantatoire (DPI) consiste à prélever une cellule d’un embryon, trois jours après sa fécondation in vitro ; ceci afin de détecter la présence d’anomalies chromosomiques et s’assurer que seuls des embryons « sains » seront réimplantés dans l’utérus. En France, le DPI est autorisé quand l’un des parents peut transmettre une maladie génétique grave. Dans certains pays, il est également proposé aux femmes âgées de plus de 35 ans, dont les ovules ont plus de risque de présenter des aberrations chromosomiques. Dans ce dernier cas, l’objectif principal du DPI n’est pas d’éliminer une tare génétique, mais d’augmenter les chances des mères « âgées » de mener leur grossesse à terme.

Un effet paradoxal

Afin de vérifier si ce couteux examen a un intérêt médical, Repping et ses collègues ont suivi 408 femmes de 35 à 41 ans qui avaient eu recours à une FIV. Parmi elles, 206 s’étaient vues proposer un DPI. Douze semaines après l’opération, 25% des patientes qui avaient pratiqué un DPI étaient enceintes, contre 37% de celles qui s’en étaient passé. A la fin de l’étude, 24% des femmes du groupe « avec DPI » ont donné naissance à un bébé contre 35% dans le groupe « sans ». Bref, alors que le DPI est prescrit pour augmenter les chances de grossesse chez la femme âgée, cette étude démontre qu’en fait, il augmente le risque de fausse-couche.

Non au tri systématique

Pour expliquer ce paradoxe, les chercheurs proposent trois explications. Tout d’abord, il est possible que le prélèvement d’une cellule endommage l’embryon. Ensuite, la cellule prélevée ne contient peut-être pas exactement les mêmes chromosomes que celles qui restent dans l’embryon. Enfin, le DPI se limitant généralement à l’analyse de 11 chromosomes sur 46, certaines anomalies peuvent lui échapper.

En tout état de cause, Repping et son équipe pensent que leurs résultats apportent un argument majeur contre ceux qui préconisent le recours systématique au DPI chez les femmes de plus de 35 ans qui pratiquent une FIV.