Frankenstein en éprouvette

SCIENCES Des biologistes sont parvenus à remplacer complètement le génome d’une bactérie par celui d’une autre…

Yaroslav Pigenet

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Colonies de bactéries Mycoplasma mycoides "transformées"
Colonies de bactéries Mycoplasma mycoides "transformées" — J. Craig Venter Institute

Une équipe du J. Craig Venter Institute (JCVI) affirme être parvenue pour la première fois à transplanter le génome complet d’une bactérie dans une autre bactérie. Selon les chercheurs, la réussite de cette manipulation est une étape importante vers la création de formes de vie « synthétiques ».

400 gènes pour faire une bactérie

Après s’être illustré dans la course au séquençage des génomes de divers organismes, dont l’homme, le biologiste américain J. Craig Venter s’est fixé un nouvel objectif : créer et faire breveter par sa société Celera Genomics la toute première forme de vie artificielle. Avec ses collaborateurs du JCVI, il a déjà déposé une demande de brevet sur l’ensemble des 400 gènes nécessaires pour assurer le bon fonctionnement d’une cellule biologique autonome. Ce génome « minimal » a été obtenu en inactivant un à un tous les gènes d’une des plus petites bactéries connues : Mycoplama genitalium.

Transplantation de génome

Pour créer une cellule artificielle, Venter devait donc trouver le moyen d’intégrer l’ADN de ce génome dans une cellule bactérienne. Il semble qu’il y soit arrivé. En effet, John Glass et son équipe du JVCI de Rockville (Etats-Unis) affirme être parvenu à transplanter la totalité du matériel génétique de la bactérie Mycoplasma mycoides dans l’enveloppe cellulaire de la bactérie Mycoplasma capricolum.

Après la manipulation, les bactéries dont le génome avait été « greffé » ne pouvaient plus être distinguées des cellules « donneuses ». Ces travaux sont publiés aujourd’hui dans la revue Science.

De la biologie moléculaire à la génomique synthétique

Bien que les chercheurs reconnaissent que la transplantation n’est pour l’instant effective que pour une cellule sur 150 000, Craig Venter estime que cette recherche montre que la création d’un organisme synthétique est à la portée des biologistes. Selon lui, sa réussite fonde un tout nouveau champ de recherche qu’il baptise génomique synthétique (synthetic genomics ) ; une discipline qui permettra un jour la création de bactéries-usines capables de produire des carburants ou de digérer et recycler nos déchets.