Comète Tchouri: Le robot Philae peut-il survivre au périhélie?

ESPACE La mission Rosetta s'inquiète du sort du petit atterrisseur, alors que sa comète passe au point de son orbite le plus proche du Soleil...

Nicolas Bégasse

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Vue en image de synthèse de l'atterrisseur Philae.
Vue en image de synthèse de l'atterrisseur Philae. — ESA/ATG medialab

Six ans et demi qu’elle attendait ça : la comète Tchourioumov-Guérassimenko, dite Tchouri, passe au périhélie ce jeudi, c’est-à-dire au point de son orbite le plus proche du Soleil. Sa glace va se sublimer, sa surface se transformer, ses poussières s’éjecter. Et la sonde Rosetta va l’observer, bien planquée à plus de 300 km de distance.

Il faut dire qu’elle risque gros : le comportement de la comète, réchauffée par le Soleil, est imprévisible. Les pilotes de Rosetta n’aimeraient pas que les poussières la perturbent – ses capteurs stellaires les confondant avec les étoiles qui lui servent de repères pour se diriger dans l’espace- ou pire, qu’un fragment de comète vienne taper dans la sonde.

Des « poussières » d’un mètre de diamètre

Mais il y en a un qui n’a pas le luxe de pouvoir s’éloigner d’une comète en pleine crise : Philae, l’atterrisseur qui s’est posé sur Tchouri en novembre dernier. Coincé sur le sol cométaire, il va subir ces semaines d’intense activité causée par le Soleil sans pouvoir se défendre. Mais contre quoi, au juste ?

Le robot court trois dangers principaux. « Il n’est pas impossible qu’un jet sorte sous Philae, mais on pense qu’il est posé dans une zone peu active, qui ne dégaze pas tant que ça. Cela dit, Philae n’est pas harponné, donc il peut bouger un peu », mentionne Philippe Gaudon, chef de projet Rosetta pour le Cnes, qui tient particulièrement au robot en tant que responsable, avec son équipe toulousaine, des batteries et moyens de télécommunication de Philae. « Le plus grand risque, poursuit-il, c’est que de la poussière lui tombe dessus et assombrisse ses panneaux solaires », son unique source d’énergie. Quand on sait qu’une « poussière » de comète peut mesurer un mètre de diamètre, on est en droit de s’inquiéter.

L’impossible compromis

Même si l’intégrité physique de Philae est préservée, il existe un dernier souci, et pas des moindres : la communication. Après son atterrissage maladroit en novembre, le robot se trouve dans une zone peu éclairée et a du mal à fonctionner. On avait appris avec soulagement en juillet qu’un bon contact avait été établi, mais depuis, silence radio. Et ce n’est pas en éloignant la sonde qu’on a des chances de reprendre contact.

Le hic, c’est qu’on ne peut pas à la fois laisser Rosetta à une distance assez proche pour pouvoir communiquer, et l’éloigner pour qu’elle recueille les données inédites offertes par le passage au périhélie. « L’idéal serait d’être partout au même moment, reconnaît Nicolas Altobelli, responsable scientifique adjoint de la mission à l’ESA. On essaye d’écouter Philae, des commandes lui ont été envoyées cette semaine », indique-t-il. Mais on ne saura pas si le robot les a reçues ou exécutées avant la prochaine fenêtre de communication en septembre puis en octobre… si on arrive à reprendre le contact à ce moment-là.

« Nous estimons que Philae n’aura plus assez d’énergie électrique pour fonctionner à partir de fin novembre, précise Philippe Gaudon sur le site du Cnes. Le mois d’octobre va donc être une véritable course contre la montre pour rétablir le contact ! »