Intelligence extraterrestre: «Le projet de Stephen Hawking est ahurissant»

INTERVIEW L’astrochimiste Louis d’Hendecourt juge sévèrement le projet à 100 millions de dollars parrainé par Stephen Hawking…

Propos recueillis par Nicolas Bégasse

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Télescope à visée laser de l'European Southern Observatory photographié en 2010.
Télescope à visée laser de l'European Southern Observatory photographié en 2010. — E.S.O./SIPA

Débusquer la manifestation d’une activité intelligente, comme une fréquence radio ou un rayon laser : c’est l’ambitieux projet lancé lundi par l’astrophysicien britannique Stephen Hawking. Pour ce faire, il se donne dix ans et avance 100 millions de dollars. Cette initiative peut-elle être autre chose qu’un beau lancer d’argent par les fenêtres ? 20 Minutes a posé la question à l’astrochimiste Louis d’Hendecourt, directeur de recherche CNRS à l’Institut d’astrophysique spatiale d’Orsay.

Comment réagissez-vous au projet de Stephen Hawking ?

Avec tristesse. J’ai beaucoup de respect pour Stephen Hawking et tout ce qu’il a fait, mais ce qu’il raconte est ahurissant. Il faut en fait distinguer deux types de vie : celle, extrêmement simple, qu’on pourrait détecter dans un temps relativement court. Et la vie évoluée, c’est-à-dire une vie simple qui a mené vers l’intelligence, puis vers une civilisation capable de prouesses technologiques lui permettant de communiquer avec des signaux qu’on serait susceptible de détecter. A mon avis, la probabilité pour le projet de Stephen Hawking de trouver cette vie-là s’apparente à zéro.

Cette intelligence existe sur Terre, pourquoi pas ailleurs ?

L’histoire de la vie sur Terre, c’est à 90 % cette vie très simple que j’évoquais. Et il n’y a aucune raison que l’évolution de la vie soit beaucoup plus rapide sur d’autres planètes. Si l’on parle de la communication, c’est pire, l’écriture remonte à environ 5.000 ans, et la radio à une centaine d’années seulement. Si un signal est envoyé vers une planète très distante, la probabilité qu’il y ait à ce moment-là des êtres intelligents présents et assez évolués pour le capter est infime.

La vie extraterrestre existe sans doute, est-ce si peu probable qu’une d’entre elles ait évolué à notre rythme ?

Déjà, le fait qu’il y ait sans doute de la vie n’est pas admis par tout le monde ! Ce qu’il y a à l’origine de la vie, ce sont les molécules organiques, les fameuses « briques élémentaires de la vie ». Ces molécules-là peuvent exister ailleurs, mais encore faut-il qu’elles s’organisent pour créer la vie. On peut jeter un tas de brique en l’air, ça ne va pas faire un mur.

Même s’il ne trouve rien, son projet peut-il avoir une utilité ?

On ne trouvera rien en tentant de capter des signaux comme ça, au hasard. Et si vous ne trouvez rien, vous ne prouvez rien – ça ne voudra pas dire qu’il n’y a pas une telle vie ; ça ne fait donc pas avancer les choses.

Comment la recherche de la vie extraterrestre va-t-elle avancer ?

La première chose positive depuis vingt ans, c’est qu’on a trouvé des tas d’exoplanètes – donc des tas d’endroits où potentiellement la vie peut se développer. On en a détecté près de 2.000 dans la galaxie, et les statistiques prévoient qu’il y en a des milliards. Je ne parle pas des autres galaxies, pour lesquelles on n’a pas moyen de savoir au vu de leur éloignement. Cette recherche reste balbutiante ; l’idée même de se dire qu’il y a des milliards de planètes dans des zones habitables restera à mon avis une conjecture pendant encore un siècle. Mais la technologie, des télescopes et de la spectroscopie notamment, va avancer.

Il y a aussi le travail en laboratoire…

Dans les laboratoires on veut comprendre, en essayant de reproduire le milieu naturel tel qu’il était il y a quatre milliards d’années, quelles sont les conditions d’apparition de la vie. Si on y arrive, et j’espère qu’on le fera, on n’aura pas produit de la vie, mais un point de départ à son apparition. Ce sera un bond psychologique important.